Très chers invités, Mesdemoiselles, Mesdames, Messieurs !

En ce jour du samedi 5 mai 2001, à l’occasion de la "Journée guinéenne" organisée par l’association "Renaissance guinéenne" dans la salle des fêtes de la Mairie du 3e Arrondissement de Paris, l’honneur m’échoit de vous présenter un exposé sur le thème suivant::

ANALYSE DU BLOCAGE DES INSTITUTIONS DE L’ÉTAT GUINÉEN SUR LES PLANS POLITIQUE, ÉCONOMIQUE ET SOCIAL AVEC DES PROPOSITIONS DE SORTIE DE CRISE ET LES PERSPECTIVES D’AVENIR

  1. INTRODUCTION
  2. Conformément aux traditions africaines de courtoisie et d’hospitalité, l’association

    "Renaissance guinéenne" a préféré, de prime abord, donner la parole à nos invités avant de donner à l’un de nos compatriotes - en l’occurrence votre serviteur – le soin d’exposer le point de vue d’un citoyen guinéen sur le thème du "Blocage des institutions de l’État guinéen sur les plans économique, politique et social avec des propositions de sortie de crise et les perspectives d’avenir". Ce dernier détail mérite d’être souligné. Il s’agit du point de vue du conférencier que je suis et non du point de vue de l’association. Les débats contradictoires qui vont suivre permettront à tous ceux qui veulent intervenir de souligner les forces et les faiblesses de cet exposé de même que sur la pertinence ou non des propositions qui seront formulées.

    Compte tenu du temps d’exposé qui m’est imparti, j’exposerai de manière succincte des thèses qui seront approfondies au cours des débats si toutefois un quelconque intérêt était exprimé dans ce sens.

    La présence d’autres africains et des amis européens qui s’intéressent à l’Afrique soit comme diplomates, représentants de partis politiques ou d’organisations syndicales ou d’associations nous permettra de formuler des propositions de sortie crise qui touchent la sous-région ouest-africaine ainsi que des perspectives d’avenir qui iront qui toucheront des sujets relatifs à la coopération nord-sud et la mondialisation.

  3. L’ÉVOLUTION DU TERRITOIRE COLONIAL DE LA GUINÉE FRANÇAISE VERS UN
  4. ÉTAT INDÉPENDANT

    L’État constitué aujourd’hui par la République de Guinée provient de l’évolution du territoire occupé par la France entre la fin du XIXe et le début du XXe siècle. Cette colonisation fut consolidée après d’âpres guerres de conquête menées contre des rois et des empereurs locaux comme Dina Salifou en zone côtière, l ‘Almamy Bocar Biro au Foutah Djallon, l’Almamy Samory Touré dans la savane soudanienne et plusieurs autres Chefs traditionnels en pays Kissi, Guerzé, Toma et Mano. Les frontières définitives de ce territoire ont été déterminées par les accords franco-britanniques de 1882, 1889, et 1904, d’une part, et les accords franco-portugaises du 12 mai 1886, d’autre part.

    Jusqu’à la fin de la seconde guerre mondiale en 1945, le territoire de la Guinée française était administré, tout comme les sept autres territoires de l’ex-Afrique occidentale française (A.O.F.) par des « Gouverneurs » et des « Commandants de cercle » qui ont certes réalisé des progrès sur les plans infrastructures, santé et éducation, mais au prix de sacrifices surhumains pour les populations locales. Il suffit de savoir que c’est la Loi Houphouët Boigny de 1946 qui supprima les travaux forcés dans ces territoires pour savoir comment le « code du travail » était respecté dans les colonies.

    Avec le premier gouvernement du Général de Gaulle en 1945, fut créée l’ « Union française » qui faisait des ressortissants des colonies de l’AOF et de l’AEF des citoyens français à part entière. C’est ainsi que la Guinée a eu entre 1945 et 1958 des députés à l’Assemblée nationale française - le Palais Bourbon – des députés comme Yassine Diallo, Mamba Sano, Diawadou Barry, Saïfoulaye Diallo et Sékou Touré.

    En 1956, la Loi - Cadre de Gaston Defferre scella la balkanisation de l’AOF et de l’AEF en introduisant l’autonomie interne au niveau de chaque territoire qui disposait ainsi d’un Conseil de gouvernement dont le Président était le Gouverneur français nommé par la métropole et le Vice-Président choisi par le parti majoritaire à l’Assemblée territoriale locale. Alors qu’aux élections pour l’assemblée territoriale de 1953 le Parti Démocratique de Guinée (PDG-RDA) n’avait qu’un seul député, en l’occurrence Sékou Touré, les mêmes élections de 1957 permirent à ce parti d’obtenir 57 députés sur les 60 que comptait l’assemblée territoriale.

    Les débats qui ont été menés en 1958 autour de l’ « Exécutif fédéral » pour l’ AOF ont eu pour conclusion le maintien de la balkanisation au détriment d’un gouvernement et d’un parlement fédéral à Dakar pour l’AOF et des mêmes institutions pour l’AEF à Brazzaville. C’est ainsi que face au référendum de 1958 pour l’institution de la « Communauté franco-africaine », chaque territoire a dû se prononcer individuellement et la Guinée choisit seule l’indépendance parmi les quatorze colonies françaises de l’AOF et de l’AEF en votant « non » à plus de 80 % des électeurs. Fidèle à sa parole, le Général de Gaulle accepta les résultats enregistrés en Guinée, retira tous les fonctionnaires français de ce pays qui était ainsi confrontée avec « l’indépendance et ses conséquences ».

  5. L’ÉTAT INDÉPENDANT DE GUINÉE SOUS LE RÈGNE DU « PARTI-ÉTAT »

3.1. Comment est-ce que le PDG est devenu un « Parti-État » ?

L’évolution du Parti démocratique de Guinée en Parti-État ne s’est pas faite en

seul jour. En 1958, la Guinée vivait le multipartisme intégral avec le PDG, le Bloc africain de Guinée (BAG) et la section guinéenne de la SFIO d’obédience socialiste. La veille du référendum et sur le plan fédéral, les partis politiques qui n’étaient pas des sections du Rassemblement Démocratique Africain (RDA) se sont regroupés au congrès de Cotonou sous l’appellation « Parti du Rassemblement Africain (PRA). Ce qui eut pour résultat qu’en Guinée, ce sont ces deux partis qui ont mené la campagne pour le « non » au référendum.

Au niveau du mouvement syndical, ce sont les mêmes personnes qui se retrouvaient à la tête des différentes organisations : Sékou Touré dirigeait l’UGETAN (Union générale des travailleurs d’Afrique noire) fraîchement détaché de la CNTG en France, le Syndicat des Enseignant dirigé sur le plan fédéral par le Guinéen Koumandian Kéïta, et David Soumah à la tête du mouvement syndical chrétien.

Les quatre facteurs de consolidation du pouvoir du PDG en Guinée ont été :

a. La suppression, dès 1957 de la chefferie de canton qui était l’une des courroies

de transmission des décisions de l’administration coloniale ;

b. La fusion sans conditions du BAG au sein du PDG, ce qui faisait de ce parti le

premier parti unique de l’ex-AOF ;

c. La lutte violente qui a été menée, en 1957-1958 contre les hommes politiques,

les syndicalistes, les fonctionnaires et les anciens chefs de canton qui

n’obéissaient pas aux ordres des dirigeants du PDG ;

d. Le soutien du mouvement estudiantin et des jeunes en faveur de

l’indépendance ; c’est d’ailleurs l’arrivée massive de jeunes cadres volontaires

originaires du Bénin, de la Côte d’Ivoire, du Burkina Faso, du Niger et du

Sénégal qui a permis de remplacer immédiatement les fonctionnaires français

rappelés par la métropole avant la signature des accords de coopération avec

les pays socialistes.

Après le départ en exil des principaux cadres réfractaires à la domination du PDG parmi lesquels on peut citer : le syndicaliste David Soumah, le commissaire Soulé Sidibé et beaucoup d’autres, le gouvernement dirigé par le Président Sékou Touré s’est installé en maître absolu sur un pays qui a énormément joué sur les deux cartes qui étaient :

parapluie soviétique et 

diamant et or par des sociétés occidentales qui l’aidaient également à

assurer la sécurité de leurs investissements.

Ainsi le régime du PDG est l’un des rares du tiers-monde qui a joui au même

moment du soutien du KGB soviétique et de la CIA américaine. Le Président de la République de Guinée qui avait pris le titre de « Responsable suprême de la Révolution » était en outre un ami estimé de Mme Golda Meir en Israël et le plus adulé des Chefs d’État d’Afrique Noire dans la plupart des pays membres de la Ligue arabe. Mais le peuple de Guinée n’a malheureusement tiré aucun profit économique palpable de ces relations tous azimuts qui devraient valablement compenser l’absence de la France gaullienne.

Ce que l’on a constaté au contraire, c’est que les contingences de politique extérieure pour la gloire du Président ont pris le pas sur la recherche de solutions aux nombreux problèmes de développement que j’ai déjà décrit dans « Réflexions sur les problèmes de développement de la République de Guinée ». Le Parti Démocratique e Guinée devint un « Parti-État » dont tous les citoyens sont membres depuis la naissance jusqu’à la mort.

 

 

 

    1. Actes du pouvoir central qui ont porté atteinte à la cohésion de l’État Guinéen sous le régime du PDG

Dans ce chapitre, il ne sera pas question de procéder à une analyse exhaustive des bienfaits et des méfaits du régime du PDG en 26 années de pouvoir absolu. Il faudrait organiser pour cela une journée spéciale. Mais comme un État est tout de même caractérisé par le principe de sa continuité, il serait difficile, voire impossible d’analyser les blocages dont l’État guinéen souffre aujourd’hui sans regarder en arrière et voir si ce passé non encore digéré par le peuple de Guinée exerce encore ou non une influence sur le présent.

Sur le plan des principes, l’État du PDG a adopté une constitution qui comptait théoriquement parmi les plus « démocratiques » de la sous-région. Des élections étaient régulièrement organisées avec une liste nationale unique pour le parlement et un candidat unique pour la présidence de la République. Des réunions du « Parti-État » étaient organisées à jour fixe sur toute l’étendue du territoire national. Ainsi, le Responsable suprême de la révolution savait en temps réel tout ce qui se passait dans le pays. De temps en temps, des « complots » réels ou imaginaires étaient découverts. C’était l’occasion rêvée pour éliminer ceux qui, pour une raison ou une autre, ne méritaient plus la confiance du parti. En me limitant aux faits et gestes qui ont porté des préjudices à la cohésion de l’État guinéen sous ce qu’il est convenu d’appeler « l’ancien régime », on peut citer :

i. La toute-puissance du parti unique devenu « Parti-État » qui n’obéissait qu’à la

volonté d’un seul homme appelé « Responsable suprême de la Révolution » ;

ii. La création du « tribunal révolutionnaire » qui condamnait les gens après leur

avoir extorqué des « aveux » en les soumettant à des séances de torture dans le

très fameux « Camp Boiro » à Conakry . Ceci représentait une violation flagrante

des droits de l’homme qui étaient garantis dans la constitution guinéenne ;

iii. La négligence des problèmes de développement socio-économique de la

Guinée au profit exclusif d’une politique « anti-impérialiste » de soutien des pays

encore sous domination coloniale ;

iv. La destruction de la cellule familiale et de l’autorité parentale accompagnée

d’une libération sans précédent des mœurs dans un pays dont plus de 90 % des

des populations sont de tradition musulmane ; en détruisant la stabilité et

l’intégrité de la famille ainsi que d’autres valeurs ancestrales qui constituaient le

fondement socioculturel de la société guinéenne, le Parti-État n’a rien proposé

à une jeunesse scolarisée mais sans qualification, désorientée socialement et

capable du meilleur comme du pire ; Ce sont, pour la plupart, ces jeunes gens

arrivés à l’âge adulte qui pillent aujourd’hui toutes les ressources financières de

l’État guinéen sans aucun remords, qu’ils soient ministres, directeurs de

services centraux ou simples fonctionnaires ;

v. L’adoption de la « Loi-cadre de novembre 1964 » qui mit fin au commerce privé

en instituant un commerce d’État qui encouragea la corruption des fonctionnaires

chargés de ce secteur et chassa du pays la grande majorité des commerçants

traditionnels ;

vi. Le lancement de l’opération très fortement médiatisée de « Cheytane 1975 » au

cours de laquelle le Responsable suprême de la Révolution a demandé au

« monde entier à l’aider à détruire la ville de Kankan » ; et contrairement à ce

que certains pensent, la Haute Guinée a été la région la plus négligée dans la

réalisation des projets de développement de l’ancien régime ;

vii. Et enfin, en 1976, la « déclaration de guerre contre l’ethnie Peuhl » qui eut pour

corollaire l’arrestation et la mise à mort de Telli Diallo, l’ancien Secrétaire

général de l’OUA. Heureusement, cette déclaration ne fut pas suivie de

pogromes populaires car la crédibilité du régime était à l’époque déjà très

entamée.

À la mort du Président Sékou Touré en mars 1984, c’est l’Armée guinéenne qui

s’empara du pouvoir en instituant le 3 avril 1984 un « Comité militaire de redressement national » (CMRN).

  1. L’ÉTAT GUINÉEN SOUS LE RÉGIME MILITAIRE

4.1. La nature du nouveau pouvoir issu du coup d’état du 3 avril 1984

Au bout de 17 années de pouvoir sans partage, le Général - Président Lansana

Conté devrait aujourd’hui assumer l’entière responsabilité de la quasi-décomposition de l’État guinéen. Le CMRN dirigea le pays d’avril 1984 à janvier 1994. Et depuis cette date, c’est l’ancien Président du CMRN qui préside aux destinées de la Guinée après avoir instauré en 1992 un régime de multipartisme intégral. Jusqu’à cette date, le régime du CMRN n’était rien d’autre qu’un régime d’exception, une dictature militaire qui commença par éliminer physiquement, dans des conditions abominables et tout juste 14 mois après la prise du pouvoir, une bonne partie de ceux des officiers d’ethnie malinké qui co-dirigeaient le pays après le coup d’état du 3 avril 1984.

Tout comme l’ancien régime, le pouvoir actuel a fait adopter fin 1991 par référendum une « Loi fondamentale » et des lois organiques qui garantissent tous les droits de l’homme et du citoyen en passant par un code électoral dont les clauses essentielles sont souverainement ignorées à l’occasion de chaque élection. Un code de procédure pénale a été adopté de même que le code civil. Aussi toutes les conventions internationales sur les droits humains sont signées et ratifiées par l’actuel régime. Des élections sont organisées assez régulièrement avec des résultats qui sont connus plusieurs mois avant les échéances. Il ne fait aucun doute que ces farces électorales sont organisées pour satisfaire les bailleurs de fonds bi- et multilatéraux. Pour le peuple de Guinée, la contradiction entre les lois existantes et la réalité saute aux yeux.

Après un régime à État surpuissant et omniprésent tant à l’intérieur des frontières du pays que sur la scène africaine et internationale, la Guinée est actuellement dirigée par un régime qui pratique la politique du silence et du laisser-faire intéressé. Le chef de l’État se prend pour un élu du Bon Dieu qui n’a besoin de se concerter avec personne. Cette opacité voulue du pouvoir en place contribue à donner aux citoyens guinéens l’impression que le pays n’est pas gouverné. C’est le règne de la rumeur, même autour d’événements aussi graves que ceux qui prévalent depuis le 1er septembre 2000 aux frontières avec le Libéria et la Sierra Léone. Comment en est-on arrivé là ?

4.2. Les actes du nouveau régime qui ont contribué au blocage des institutions de l’État

guinéen sur les plans politique, économique et social

Comme annoncé plus haut, je vais m’appliquer à énoncer sans commentaires des situations, des actes et des discours qui, pour ma part, ont contribué au blocage des institutions de l’État guinéen. Il convient de citer dans cet ordre d’idées :

A. Sur le plan politique

i. L’impréparation évidente des officiers de l’armée nationale à l’exercice du

pouvoir ;

ii. L’identification excessive des membres du gouvernement à leur ethnie et régions

d’origine et, dans cette foulée, l’attribution des crimes commis sous le règne du

« Parti-État » aux malinké, l’ethnie à laquelle appartenait l’ancien Président

Sékou Touré ;

iii. L’incitation à la haine ethnique en Région forestière en demandant aux habitants

de N’Zérékoré, capitale de la Région forestière de ne pas se laisser dominer par

les Guinéens venant d’autres régions, ce qui se solda par des affrontements

sanglants et des destructions de biens publics et surtout privés ;

iv. La démolition de la ville diamantifère de Kérouané en Haute Guinée sur ordre

du chef de l’État, ce qui constituait une nouvelle phase de la spoliation, cette

fois-ci des diamantaires dont la grande majorité est d’ethnie malinké ;

v. La répression qui suivit le vrai-faux complot du 4 juillet 1984 attribué à l’ancien

Premier ministre Diarra Traoré, l’arrestation, la torture de celui-ci diffusée sur les

écrans de la chaîne nationale RTG à l’édition de 20H30 ainsi que son élimination

physique sans procès et celle de plus d’une soixantaine d’officiers et sous-

officiers d’origine malinké coupables ou non de participation à ce « complot » ;

vi. La déclaration, dans les « 36 escaliers » du Camp Alpha Yaya Diallo d’un haut

dignitaire membre du CMRN bien connu qui disait en torturant les détenus civils

et militaires en juillet 1984 que ce régime voulait éliminer les malinké de Guinée

quitte à aller en chercher la semence au Mali en cas de besoin ; ce qui permet

de qualifier cette répression et ces éliminations physiques planifiées en

véritables actes de génocide ;

vii. La déclaration en meeting public du chef de l’État, en juillet 1985, approuvant

les pillages des biens privés des citoyens d’origine malinké dans la capitale

Conakry par le terme en langue Soussou de « Wo fata’ra », ce qui veut dire

« Vous avez bien fait » ; au lieu de cesser, les pillages de citoyens qui n’avaient

rien à voir avec le coup d’état a continué jusqu’à épuisement des magasins et

des propriétés privées ;

viii. L’élimination physique sans procès de plusieurs dignitaires de l’ancien régime

qui étaient emprisonnés au Camp militaire de Kindia dès l’annonce du coup

d’état attribué au col. Diarra Traoré ;

ix. La persistance de la torture et des traitements dégradants et inhumains des

détenus (-es) dans les prisons et camps militaires de Guinée : c’est la

dénonciation et la condamnation de ces tristes pratiques par El Hadj Biro Diallo,

le Président de l’Assemblée nationale qui est à la source des discordes

actuelles entre le Président de la République et celui du Parlement ;

x. La tricherie, les manipulations des résultats des élections qu’elles soient

communales, législatives ou présidentielles et le refus systématique du pouvoir

de mettre en place une Commission nationale électorale indépendante qui soit

en mesure d’assurer l’équité, l’honnêteté et la transparence des élections dans

ce pays ;

xi. Les arrestations arbitraires d’opposants y compris des députés à l’Assemblée

nationale sans levée de l’immunité parlementaire de ceux-ci. Les cas les plus

flagrants sont :

B. Sur le plan économique

i. Le libéralisme sauvage qui a suivi le désengagement de l’État des activités de

production et de distribution sous le diktat du FMI et de la Banque Mondiale ;

ii. L’acceptation des programmes successifs d’ajustement structurels proposés par

les organismes de Bretton Woods qui impliquaient :

toutes se forces suivie de la suppression de toutes les banques nationales à

l’exception de la BCRG ;

iii. La gourmandise des dignitaires du régime qui veulent posséder ou être

associés à tout ce qui fonctionne et rapporte gros dans l’économie guinéenne

tout en conservant leurs places officielles ; toutes les sociétés d’État qui ont été

privatisées sans leur réserver des « actions gratuites ont dû fermer leurs

portes ; j’en ai personnellement subi l’amère et coûteuse expérience avec

l’usine de jus de fruits à Kindia-Foulaya ;

iv. L’obligation faite à certaines entreprises et sociétés multinationales associées à

l’État guinéen de verser sur des comptes privés de dignitaires du régime les

parts de dividendes revenant à la Guinée et non sur les comptes du Trésor

public ;

v. Le déficit de patriotisme et l’incompétence des agents du service de collecte des

impôts qui « négocient » des versements d’impôts dont le montant réel est réduit

à la portion congrue au détriment de l’État à condition que les ¾ de cette portion

leur soient payés à titre personnel ;

vi. Le refus systématique du gouvernement guinéen de payer la dette intérieure

dont les factures impayées sont régulièrement retournées aux ministères de

tutelle des projets dès l’annonce d’une mission conjointe de supervision du FMI

et de la Banque mondiale en demandant à ces ministères de représenter ces

factures après le départ des membres de ces missions ; les factures des

opérateurs économiques honnêtes sont ainsi soumises à ce va-et-vient

interminable entre le ministère de l’Économie et des Finances et les ministères

de tutelle des projets sur Budget national de développement (BND) alors que

les contrats sur travaux fictifs mafieux sont immédiatement payés puisque ces

montants sont partagés entre les complices de ces détournements des deniers

publics ;

vii. L’encouragement tacite de la corruption et des détournements des deniers

publics par des fonctionnaires prédateurs à tous les niveaux de responsabilité

sans aucun autre risque que la menace de remboursement éventuel des

sommes détournées ;

viii. La dépendance de l’économie guinéenne des seules ressources minières

(bauxite, diamant et or) alors que le sol et la pluviométrie de ce pays en font un

paradis sur le plan des potentialités agricoles, y compris l’élevage et la pêche.

C’est au niveau de ce genre de dépendance que l’on parle de croissance sans

développement dans la mesure où les paysans qui constituent plus de 80 % de

la population n’en perçoivent aucun effet et en outre, ces industries d’extraction

ne créent pas de plus-value dans le pays, ni n’induisent des activités

complémentaires dans les environs immédiats de ces unités économiques

extraverties.

Comme conclusion partielle de cet autre chapitre, il convient de dire que le blocage

des institutions économiques a pour origine :

Woods (FMI et Banque mondiale) un programme convaincant de redressement de l’économie guinéenne et sa soumission docile aux remèdes de cheval inadaptés prescrits par les experts de ces institutions ;

Et comme en économie tout se tient, lorsque dans un pays où le gouvernement est

le principal pourvoyeur de marchés de toutes sortes celui-ci se révèle incapable de payer

les factures des entreprises et autres fournisseurs de services, c’est la fin de toutes les activités économiques formelles.

C. Sur le plan social

Des mesures d’ajustement structurel en Afrique, l’homme de la rue dit que « lorsque le PAS passe, le pays trépasse ». Ainsi l’adoption des plans d’ajustement structurel du FMI et de la Banque mondiale sans mesures d’accompagnement social conséquentes et adaptées par le gouvernement a plongé ce pays dans une misère indescriptible. Comme pour confirmer la justesse de cet adage populaire africain, le Directeur général du FMI et le Président de la Banque mondiale viennent de reconnaître la brutalité des remèdes préconisés de même que leur inadaptabilité aux conditions locales. Mais après toutes ces excuses, ce sont les peuples concernées qui continueront à porter le fardeau des erreurs des experts internationaux. Quelques uns de ces problèmes sociaux :

d’un premier emploi ;

déflatés de la fonction publique d’obtenir une aide financière pour la création de petites entreprises locales ; les fonds destinés à ces victimes de l’ajustement structurel ont été littéralement détournés par les fonctionnaires chargés de les gérer sans aucune conséquence pour leur carrière ;

de construction de logements sociaux tant dans la capitale Conakry que dans les capitales régionales de Labé, Kankan, Kindia et N’Zérékoré ; le bilan dans ce domaine est plus proche de zéro lorsqu’on constate que la ville de Conakry est passée en une quarantaine d’années de moins de 80.000 en 1958 à plus d’un million d’habitants actuellement ;

Lorsqu’on vit dans ce pays, on a très souvent l’impression que les tenants du

pouvoir sont en guerre perpétuelle contre la population. Il s’y ajoute aussi le matraquage sur les « aventuriers », ces guinéens de l’extérieur qui seraient des citoyens de seconde zone. Tout est fait pour les empêcher de s’installer dans le pays, au point que cette catégorie de guinéens est devenue la deuxième ethnie que l’on cherche à opposer aux « guinéens de l’intérieur ».

D. Les relations de la République de Guinée avec ses voisins immédiats

Tout le monde convient que sous l’ancien régime, aucun mouvement d’opposition ne pouvait utiliser le Libéria, la Sierra Léone ou la Guinée-Bissau pour agresser la République de Guinée qui passait pour être une puissance sous-régionale. Mais en s’immisçant par la force des armes ou en armant des opposants aux régimes des pays voisins sans le consentement du parlement, le nouveau régime a donné des arguments à certains de ses voisins pour que ceux-ci, soit comme État, le Libéria, ou comme mouvement rebelle, le RUF s’en prennent militairement à l’État guinéen. C’est en fait la raison fondamentale des incursions rebelles à Forécariah, Kindia, Faranah, Kissidougou, Guéckédou et Macenta. Le refus du Président Lansana Conté de négocier avec Charles Taylor, le Président du Libéria ne fait que faire durer la détresse des populations guinéennes déplacées par centaines de milliers et celle des réfugiés sierra léonais et libériens qui jouissent depuis près de dix de l’hospitalité guinéenne.

Tout comme des opposants ont été utilisés par le Portugal pour perpétrer l’agression du 22 novembre 1970 contre la Guinée, je soutiens que le Libéria et le RUF utilisent également des opposants guinéens pour régler leurs comptes avec le gouvernement guinéen qu’ils ne semblent pas du tout avoir l’intention de renverser. Je m’arrête là pour ne pas empiéter sur les thèmes traités par les autres conférenciers.

Les tensions qui règnent actuellement entre le gouvernement guinéen et la CEDEAO ne sont pas de nature à se rapprocher d’une solution aux conflits avec le Libéria.

En conclusion de ce chapitre, je dirais que c’est tout à la fois le mépris pour les intérêts fondamentaux des populations, la pratique d’une démocratie pluraliste de façade, le refus de la concertation et du dialogue tant avec l’opposition qu’avec d’autres couches sociales, les arrestations arbitraires des opposants dont le plus célèbre est le prof. Alpha Condé et la corruption du système de gouvernement de la République de Guinée qui ont conduit notre pays à l’impasse dans lequel il se débat actuellement. Et seul Dieu sait comment il va s’en sortir. C’est pour cela que je vais oser formuler quelques propositions de sortie de crise.

  1. PROPOSITIONS DE SORTIE DE CRISE
  2. 5.1. Les conséquences des blocages constatés

    C’est l’ignorance des revendications des soldats guinéens engagés au sein des troupes de l’ÉCOMOG au Libéria qui a été la cause première de la mutinerie de février 1996 à Conakry. Au cours du procès des auteurs de cette mutinerie, des preuves accablantes ont été apportées sur la pratique de la torture et des traitements inhumains et dégradants des détenus dans les geôles guinéennes. Une autre crise à la tête de l’État guinéen éclata entre le Président de la République et celui de l’Assemblée nationale après la condamnation de ces violations des droits de l’homme par ce dernier. Aujourd’hui, les ponts semblent coupés entre le parlement et le Chef de l’État.

    Sur le plan politique, les élections présidentielles contestées de décembre 1998, suivies de l’arrestation, du jugement et de la condamnation à cinq années de prison du député Alpha Condé dans des conditions scandaleuses à plus d’un titre avec, en outre des arrestations arbitraires de militants du RPG dont la député Koumbafing Kéïta de Kankan qui est décédée peu de temps après sa sortie de prison sans jugement, ont très largement contribué au blocage de la vie des partis politiques dans notre pays. Cette situation s’aggrava à l’issue des élections communales de juin 2000 à l’occasion desquelles le Chef de l’État déclara que les cinq communes de Conakry devront revenir à son parti, le PUP. Les tueries et les arrestations arbitraires avec viol collectif au camp militaire de Mamou d’une détenue qui ont suivi ces élections communales ont porté un coup fatal à toute crédibilité du régime en place.

    Lorsque, suite à ces répressions féroces pratiquées par l‘un des régimes les plus corrompus d’Afrique, l’on apprend que des agressions ont lieu à partir du 1er septembre 2000 contre de paisibles citoyens de certaines zones frontalières avec le Libéria et la Sierra Léone, le problème de conscience qui se pose aux démocrates et patriotes guinéens est de voir comment condamner ces agressions téléguidées depuis Monrovia sans pour autant soutenir un régime dont certains des principaux dirigeants sont les premiers fossoyeurs des bases économiques et socioculturelles de la République de Guinée ?

    1. Propositions de sortie de crise

Mes propositions de sortie de crise sont les suivantes :

République de Guinée : il faut vider les prisons, fermer les camps d’internement, libérer tous les prisonniers d’opinion à commencer par le Prof. Alpha Condé qui a suffisamment payé la haine que lui voue le pouvoir  et le rétablir dans tous ses droits civils et politiques ;

Dans le cadre de la sortie de crise avec les pays voisins, le gouvernement guinéen

devra sans plus tarder engager des négociations avec le gouvernement libérien qui est à l’origine des agressions aux frontières sud de la Guinée. Toutes les grandes guerres de ce monde se sont terminées par des négociations. À partir du moment où la communauté internationale sait qui fait quoi, tout retard dans l’engagement des négociations sous l’égide conjointe de la CEDEAO, de l’OUA et des Nations Unies est préjudiciable à nos innocentes populations.

  1. PERSPECTIVES D’AVENIR

On ne peut parler de perspectives d’avenir et de développement que lorsqu’il y a la

paix. La paix à l’intérieur du pays, mais aussi la paix avec les pays voisins. Dans l’esprit de la plupart de nos compatriotes, tant que l’actuel régime sera en place, il pourra difficilement être question de concertation et de concorde nationale. Ce pessimisme est tout simplement le résultat du constat de 17 années de pouvoir personnel soutenu par des cadres opportunistes qui n’ont aucune intention de voir évoluer la Guinée vers plus de démocratie, plus de transparence, donc vers la bonne gouvernance. Ce déficit de patriotisme est le principal mal qui ronge la classe dirigeante guinéenne.

Malgré cette situation de blocage interne, il y a des rayons de lumière qui pointent à l’horizon sur le terrain de l’exploitation des immense richesses minières de la Guinée. Dans un article du mensuel « Économia N°7 de mai 2001 » intitulé : « Et pourtant, Conakry séduit » comme pour répondre aux critiques formulées par votre serviteur, le journaliste rend compte d’une réunion de représentants du gouvernement guinéen avec une quarantaine de sociétés intéressées à la création d’une usine de production de un million de tonnes d’alumine par an à Sangarédi, région de Boké pour un investissement de 1,3 milliard de dollars à réaliser à d’ici 2004. D’autres investissements de grande envergure seraient également annoncés tels que :

couplée avec

de long pour la mise en valeur des gisements de minerais de fer du mont Nimba et du mont Simandou.

Il faut reconnaître que l’ouverture de cette conférence les 2 et 3 avril 2001 dans les bureaux européens de la Banque mondiale à Paris avait été annoncée par la radio « Africa N°1 » bien avant la sortie de l’article cité ci-dessus. Cet article donne cependant une information qui est à comparer avec une autre du journal « Le Point » N° 1493 du 27 avril 2001, page 14 qui disent, pour « ECONMIA » N° 7- Mai 2001, page 17 :

« Un familier du dossier avance en outre que ce programme a le soutien tacite des

Américains, qui veulent « stabiliser économiquement la Guinée face aux menées subversives de Charles Taylor au Liberia et des rebelles en Sierra Leone ». ».

Et pour « Le Point » :

« À L’INDEX :

 Lansana Conté, 66 ans. Refusant une solution diplomatique ou le dialogue avec son opposition, ignorant son isolement sur la scène africaine, le président guinéen veut faire la guerre aux rebelles qui attaquent son pays à partir de la Sierra Leone. Une attitude sévèrement jugée à Paris ».

Voici deux appréciations totalement contradictoires des points de vue de Washington et de Paris sur le régime guinéen. Or un proverbe africain dit que « lorsque deux éléphants se battent, c’est l’herbe qui souffre ». Souhaitons que ces points de vue diamétralement opposés des amis de la Guinée puissent se rejoindre dans une synthèse favorable aux intérêts du peuple de Guinée. Sinon, c’est l’annonce d’une lutte d’influence entre deux puissances occidentales qui s’intéressent à notre pays à partir de points de vue contraires l’un de l’autre et qui n’est pas nécessairement annonciatrice de lendemains paisibles.

Malgré la taille titanesque des projets miniers et métallurgiques qui sont annoncés ici, je crois que la Guinée ne goûtera au vrai développement que lorsqu’elle mettra ses masses paysannes au travail pour leur propre intérêt d’abord, ce qui, par ricochet, rejaillira sur l’ensemble des données macro-économiques du pays. Ce programme de mobilisation des ressources agricoles de la Guinée est indiqué dans la brochure « Réflexions sur les problèmes de développement de la République de Guinée ».

Sur le plan sous-régional et international, la Guinée devra occuper la place qui lui revient dans les grands projets d’aménagements des nombreux cours d’eau qui prennent leur source sur son territoire tels les fleuves Niger, Sénégal, Gambie et Sankarani et s’impliquer mieux que par le passé dans les organisations traitant des ressources minières qui sont exploitées à l’état brut dans notre pays. Une contribution qualifiée dans les grands débats internationaux sur la mondialisation, la dette africaine, la lutte contre la pauvreté et les pandémies du siècle (sida, paludisme, tuberculose, etc.), la détérioration des termes de l’échange et l’exception agricole africaine serait la bienvenue. J’espère que les débats qui vont suivre maintenant nous permettront d’approfondir et/ou de corriger les erreurs qui se seraient glissées dans mon exposé qui est loin d’avoir embrassé tous les aspects des différents problèmes évoqués.

Je vous remercie pour votre très aimable attention.

 

Fait à Paris, le 5 mai 2001

L’auteur

 

 

M. M. KABA

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

S O M M A I R E

    1. Introduction…………………………………………………………………….1

2. L’évolution du territoire colonial de la Guinée française

vers un État indépendant…………………………………………………….1

    1. L’État indépendant de Guinée sous le règne du « Parti-État »…………..2
      1. Comment est-ce que le PDG est devenu « Parti-État » ?…………… 2
      2. Actes du pouvoir central qui ont porté atteinte à la cohésion de

      l’État guinéen sous le règne du PDG…………………………………...4

    2. L’État guinéen sous le régime du CMRN………………………………… 5
      1. La nature du nouveau pouvoir issu du coup d’état du 3 avril 1984… 5
      2. Les actes du CMRN qui ont contribué au blocage des institutions

      de l’État guinéen sur les plans politique, économique et social………6

    3. Propositions de sortie de crise…………………………………………… 11
      1. Les conséquences des blocages constatés………………………… 11
      2. Propositions de sortie de crise………………………………………… 12

6. Perspectives d’avenir……………………………………………………… 13