ANALYSE DES PROBLÈMES ÉCONOMIQUES ET SOCIAUX DE LA RÉPUBLIQUE DE GUINÉE

SOMMAIRE

  1. BREF APERÇU HISTORIQUE……………………………………………………………2
  2. LA SITUATION ÉCONMIQUE DE LA RÉPUBLIQUE DE GUINÉE…………………..3
    1. L’EXTRACTION MINIÈRE…………………………………………………………3
      1. La bauxite………………………………………………………………………..3
      2. Le diamant……………………………………………………………………….5
      3. L’or………………………………………………………………………………..5
      4. Le minerai de fer……………………………………………………………….. 6
      5. Les métaux rares………………………………………………………………..6
      6. Les hydrocarbures………………………………………………………………6
      7. L’impact de l’extraction minière sur l’économie guinéenne………………...6
    2. L’AGRICULTURE…………………………………………………………………...7
    3. LE SECTEUR SECONDAIRE: BANQUES, INDUSTRIE, COMMERCE ET ARTISANAT…………………………………………………………………………8
      1. La monnaie, les finances et les banques…………………………………….8
      2. L’industrie, le commerce et l’artisanat………………………………………11
      3. Les transports terrestres, ferroviaires, maritimes, aériens et fluviaux…..12
      4. L’eau, l’énergie, la poste et les télécommunications……………………...13
      5. L’urbanisme, l’habitat, le bâtiment et les travaux publics…………………14
      6. Le tourisme et l’hôtellerie……………………………………………………..15
    4. LA CORRUPTION ET LES DÉTOURNEMENTS DES DENIERS PUBLICS.16
  3. LA SITUATION SOCIALE DE LA RÉPUBLIQUE DE GUINÉE: L’ÉTUDE SUR LA PAUVRETÉ EN GUINÉE………………………………………………………………….17
    1. GÉNÉRALITÉS……………………………………………………………………..17
    2. L’ÉTUDE SUR LA PAUVRETÉ EN GUINÉE……………………………………18

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Très chers (-es) Invités (-es), Mes chers Compatriotes, Mesdames, Messieurs,

Pour cette journée du 7 janvier 2001 que nous dédions à la République de Guinée, l’honneur m’échoit de vous entretenir sur les problèmes économiques et sociaux de ce pays côtier d’Afrique de l’Ouest bien doté par la nature, mais actuellement empêtré dans des difficultés économiques et sociaux sans aucune commune mesure avec ses potentialités de toutes sortes.

Après un bref rappel historique, je vous présenterai une analyse de la situation économique par secteur pour continuer mon exposé avec l’analyse de la situation sociale à travers une étude que j’ai entreprise ces derniers mois sur la pauvreté en Guinée et enfin je vous soumettrai des propositions tant sur le plan socio-économique que sur le plan institutionnel.

  1. BREF APERÇU HISTORIQUE

L’économie de la République de Guinée est très intimement tributaire des

conditions d’accession de la Guinée à l’indépendance nationale. Cette souveraineté nationale et internationale a été acquise suite au vote majoritaire des populations guinéennes contre le référendum du 28 septembre 1958 organisé par le Général de Gaulle pour instituer une Communauté franco-africaine destinée à mettre fin, en France, à la quatrième République, et dans les colonies, à remodeler l’Union française datant de la Conférence de Brazzaville à la fin de la dernière guerre mondiale de 1939 -1945. Ce vote négatif de la Guinée mit fin ipso facto à plus de soixante années de colonisation avec toutes les conséquences que cela comportait: retrait immédiat des fonctionnaires français et arrêt de tous les programmes de développement financés par la France. Le but de la manœuvre était de punir le seul pays récalcitrant de l’Union française et de faire en sorte que ce mauvais exemple ne soit pas suivi par d’autres territoires.

Grâce à la solidarité agissante des cadres africains approuvant le choix historique de la Guinée, les postes laissés vacants par les colons français ont été immédiatement occupés par des universitaires originaires de la Côte d’Ivoire, du Bénin, du Burkina Faso, du Mali, du Niger et du Sénégal. Des relations de coopération ont été établies avec les pays du Bloc soviétique, mais aussi avec tous les autres pays du monde occidental: Allemagne Fédérale, Grande Bretagne, Italie, USA, etc. L’Union Ghana-Guinée créa de nouvelles frontières pour la nouvelle république et l’aide ghanéenne vint pour financer les premières dépenses de la première année de fonctionnement du nouvel État.

Le retrait immédiat de la France mit fin à un vaste programme de développement qui prévoyait entre autres:

L’ensemble de ces projets et d’autres étaient déjà identifiés dans un document édité

par le Gouverneur Roland Pré qui a dirigé l’administration coloniale en Guinée de 1948 à 1951 et qui est intitulé :"L’avenir de la Guinée française". Il s’amorçait à l’époque une tendance à la délocalisation ou à la création en Afrique coloniale de grands ensembles industriels basés sur l’existence de minerais exploitables à ciel ouvert et d’énergie hydroélectrique disponible tout près de ces gisements. L’indépendance de la Guinée mit fin à cette velléité non seulement en Guinée, mais dans la plupart des pays de la défunte Communauté franco-africaine.

  1. LA SITUATION ÉCONOMIQUE DE LA RÉPUBLIQUE DE GUINÉE
  2. Après quarante deux années d’indépendance, l’économie de la Guinée repose

    aujourd’hui sur quatre secteurs essentiels qui sont: l’extraction minière, l’agriculture, le tertiaire (commerce et services) et la corruption.

    1. L’EXTRACTION MINIÈRE

Je me garderais ici d’utiliser le terme « industrie minière » puisqu’il s’agit ni plus ni

moins d’une extraction de minerais et de leur exportation sans aucune plus-value ou autre transformation locale, avec cependant la notable exception de la Compagnie Friguia qui exporte de l’alumine, un semi-produit entre la bauxite et l’aluminium . Dans un document du ministère des Ressources naturelles et de l’Énergie, on apprend que le sous-sol guinéen recèle des richesses minières comme la bauxite, le fer, l’or, le diamant, le graphite, le calcaire, l’uranium, le manganèse, les métaux de base dont le nickel et des hydrocarbures. Les ressources actuellement exploitées dans ce secteur sont :

2.1.1. LA BAUXITE

Découverte pour la première fois dans la localité de Baux en France, d’où son nom, ce minerai a pour formule chimique Al2 03. La Guinée en détient un potentiel de 25 milliards de tonnes, dont 12 milliards de tonnes exploitables, soit les 2/3 des réserves mondiales connues. La Guinée intervient pour près de 40 % du commerce mondial de la bauxite et se classe ainsi comme deuxième exportateur mondial de ce minerai. Les principales sociétés et les sites d’exploitation de la bauxite de Guinée sont :

a). La Compagnie Friguia à Fria :

Cette société a été mise en place sous la colonisation. Elle avait pour actionnaires les principales multinationales de l’aluminium du monde occidental sous la direction de Péchiney-Ugine-Kuhlman. Pendant près de 40 ans, cette société produisait 650.000 t d’alumine dans les usines de Fria et a constitué pour la Guinée l’un des principaux produits d’exportation. Aujourd’hui, les partenaires étrangers de la Guinée se sont retiré de la société qui est devenue une propriété de l’État guinéen. Un nouvel accord de gestion-exploitation a été récemment négocié avec Kaiser-Engineering contre une somme forfaitaire que cette multinationale devra payer annuellement au gouvernement guinéen.

b). La Compagnie des Bauxites de Guinée (CBG)

Après la conclusion des négociations en vue de la création de cette société avec la compagnie américaine Harvey Aluminium pour l’exploitation des immenses gisements de bauxite de Boké comprenant également la production sur place de l’aluminium dans la deuxième moitié des années 1960, cette petite société s’est transformée en « cheval de Troie » des plus grandes multinationales américaines et européennes. Les conditions posées par les partenaires et acceptées par le gouvernement pour l’exploitation de ce site étaient entre autres que la Guinée soit propriétaire d’un port en eau profonde d’une capacité de 12 millions de tonnes de bauxite par an à Kamsar, de la ligne de chemin de fer d’une longueur d’environ 150 km et de la cité ouvrière. D’où la création, à côté de la CBG, de l’Office d’aménagement de Boké (OFAB). Depuis plus de 25 ans, cette société draine bon an mal an 10 à 12 millions de tonnes de bauxite à l’exportation.

Les investissements initiaux de ce projet tournaient autour de 250 à 300 millions de dollars USA. Et il fallait que la Guinée emprunte ces fonds auprès de la Banque Mondiale, de l’ Eximbank américaine et de l’US-AID. Pour assurer le service de ces prêts, les ressources destinées à la Guinée étaient payées sur les comptes d’une société fiduciaire américaine basée à Pittsburgh, USA. C’est cette société qui remboursait directement aux créanciers de la Guinée les échéances jusqu’à leur épuisement. Ce qui est les cas depuis quelque temps déjà.

c). L’office des Bauxites de Kindia (OBK)

L’OBK a été créé par la Guinée et l’ex-Union soviétique dans la Région de Kindia pour exploiter un gisement de bauxite à raison de 3,5 millions de tonnes par an. Cette société a construit sa propre ligne de chemin de fer, construit ses cités ouvrières et procédé à l’extension du port minier de Conakry. L’objectif visé était de rembourser la dette de l’Union soviétique sur la Guinée en bauxite que ce pays vendait sur le marché international. Après l’éclatement de ce pays, c’est l’Ukraine qui aurait hérité des parts de ce partenaire. La Guinée avait la possibilité de vendre à sa guise les 15 % qui lui revenaient sur la production.

d). Autres projets

En Basse Guinée, le gouvernement envisage la mise en place du projet Dian-Dian qui serait destiné à intégrer la production de la bauxite, de l’alumine et de l’aluminium. Mais un tel projet ne pourra jamais voir le jour tant que la Guinée n’aura pas mis en valeur ses immenses ressources énergétiques d’origine hydroélectrique. Car l’industrie de l’aluminium est très grande consommatrice d’énergie. Pour la petite histoire, il serait bien de savoir qu’une société sud-africaine a décidé de s’installer au Mozambique pour produire 200.000 tonnes d’aluminium par an grâce au barrage de Cabora Bassa. Je ne vous apprends rien de nouveau non plus en vous disant que l’alumine produite par Friguia en Guinée est transformée en aluminium au Cameroun sur le barrage d’Édéa !

Des négociations avaient été engagées avec l’Iran qui s’intéressait à l’exploitation des gisements de bauxite de la Région de Dabola/Tougué dont les potentialités seraient encore plus importantes que celles de Basse-Guinée.

Disons pour clore ce sous-chapitre qu’une Guinée bien gérée pourrait exploiter ses ressources en bauxite à raison de 10 millions de tonnes par an et pendant 250 ans ! L’exploitation rationnelle des gisements de Moyenne-Guinée et de Haute-Guinée exige la construction du Transguinéen, une voie ferrée qui relierait les minerais de fer du Mont Nimba (Lola) à ceux du Mont Simandou (N’Zérékoré/Beyla/Kérouané) et enfin à ceux de bauxite de Dabola/Tougué. La situation de crise qui ensanglante actuellement les zones frontalières de la Guinée nous prouvent à suffisance la nécessité : i. de ne pas compter sur les installations portuaires des pays voisins, ii. de la construction d’une ligne de chemin de fer transnationale dont le tracé devra s’éloigner de toutes les zones frontalières. L’Agence nationale d’aménagement des infrastructures minières (ANAIM) qui est chargée de la réalisation de ce projet devra tenir compte de ces exigences d’indépendance et de sécurité.

2.1.2. LE DIAMANT

« Les diamants de Guinée sont généralement de bonne qualité avec une nette prédominance en pierre de joaillerie. Les ressources globales sont estimées entre 25 et 30 millions de carats… La production de diamant est assurée en ce moment par :

a). Arédor-First City Mining (1996) à Banankoro (Kérouané) où l’État détient 15 % du capital à côté du partenaire canadien Consolidated Mining Corporation (85 %) pour produire environ 100.000 carats/an.

b). Hymex-Guinée S.A. à Macenta dont le capital est détenu à 15 % par l’État guinéen et le reste par la société canadienne Hydro Mineral Exploration Corporation (Hymex). L’objectif de production pour 1998 est de 100.000 carats/an¹».

D’autres sociétés comme Debsam, filiale de la sud africaine De Beers détiendraient des permis de recherche de kimberlites en Haute Guinée. L’exploitation artisanale est très active dans la région de Kérouané (Banankoro, Finaria, etc.). Il est très difficile d’évaluer la production de ces exploitants individuels.

2.1.3. L’OR

Le potentiel en or de la Guinée est estimé à 1.000 tonnes d’or de bonne qualité titrant entre 850 et 980 pour mille, soit de 20 à 23,5 carats.

« Les principales régions aurifères connues en Guinée sont :

L’essentiel de la production d’or de Guinée est tiré de la Haute Guinée (Siguiri –

Mandiana – Kouroussa et Dinguiraye) dans les formations birrimiennes. Présentement, la Guinée produit annuellement 6 à 7 tonnes d’or. Cette production se répartit entre les orpailleurs et deux sociétés industrielles : la Société Ashanti de Guinée (SAG) qui exploite les gisements primaires de Siguiri et la Société Minière de Dinguiraye (SMD) qui exploite celui de Dinguiraye.

De 1995 à 1998, plus de quatre vingt quatre (84) permis de recherche d’or ont été attribués et la production devrait croître fortement dans les prochaines années »¹.

2.1.4. LE FER

Le potentiel en minerais de fer de la Guinée est estimé à environ 7 milliards de tonnes dont 1 milliard de tonnes dans le Mont Nimba près de Lola, 2 milliards de tonnes dans le Mont Simandou qui s’étend sur 110 km entre Kérouané et N’Zérékoré en passant par Beyla et le reste, soit 4 milliards de tonnes dans la Presqu’île du Kaloum, site de la ville de Conakry.

L’exploitation des gisements des Monts Nimba et Simandou d’une teneur en fer de 65 à 68 % a fait l’objet de nombreuses négociations et contrats avec différents partenaires sans jamais aboutir à des conclusions réalisables. La situation sécuritaire à laquelle la Guinée est aujourd’hui confrontée et l’instabilité qui règne dans certains pays voisins montrent que notre pays a tout intérêt à ne compter que sur ses infrastructures de transport propres pour la mise en valeur de ces immenses ressources. Ceci pose le problème de la construction du Transguinéen, une ligne de chemin de fer de près de 1.000km de longueur.

2.1.5. LES MÉTAUX RARES

D’énormes gisements en métaux rares auraient été découvertes en Haute Guinée entre Kankan et Mandiana. Mais ils n’ont pas encore fait l’objet d’exploitation.

2.1.6. LES HYDROCARBURES

Depuis une trentaine d’années, plusieurs sociétés participent à l’exploration pétrolière parmi lesquelles Shell, Buttes Resources, Union Texas, Super Oil Greco Norvège et Petro Canada. Des indices auraient été trouvés dans l’offshore guinéen. On en est encore au stade de l’espoir.

2.1.7. IMPACT DE L’EXTRACTION MINIÈRE SUR L’ÉCONOMIE GUINÉENNE

Les multinationales intervenant dans l’extraction minière en Guinée ont créé avec la complicité des régimes en place des États dans l’État guinéen. Aucune d’elle n’a entraîné dans son sillage des petites industries locales, ni même contribué à l’amélioration des conditions matérielles de vie dans les Préfectures qui abritent ces mastodontes.

Pourtant ces sociétés titulaires de titres miniers sont assujetties «à des droits fixes,

des redevances dont les montants sont fonction des superficies couvertes et enfin à des taxes minières et impôts dont le mode de prélèvement varie selon le type de titre minier détenu et la substance exploitée ». Chacun peut s’imaginer où va tout cet argent, s’il n’est pas utilisé pour financer les projets de développement du pays.

    1. L’AGRICULTURE, L’ÉLEVAGE, LA PÊCHE ET L’ENVIRONNEMENT

Dans le premier fascicule des « Réflexions sur les problèmes de développement

économique de la République de Guinée» que j’ai publié en juillet 2000, j’ai consacré plus de dix pages au secteur de l’agriculture, de l’élevage, de la pêche et de l’environnement. Je ne voudrais pas revenir dans le détail sur ce qui a déjà été dit là-dessus. Je résumerai ces propos en m’en tenant à ce qui suit:

Au cours des débats qui vont suivre, je vous soumettrai les solutions que le Parti

Dyama propose pour que l’agriculture guinéenne puisse récupérer la place qui lui revient

en fonction des potentialités du pays et ce, à l’horizon de 2015.

2.3. LE SECTEUR SECONDAIRE : BANQUES, INDUSTRIE, COMMERCE ET ARTISANAT, EAU, ÉNERGIE, TÉLÉCOMMUNICATIONS, TRANSPORTS , HABITAT, BTP ET TOURISME

2.3.1. La monnaie, les finances et les banques

2.3.1.1. L’Ancien régime et la création de la monnaie guinéenne

Les difficiles relations que la Guinée nouvellement indépendante entretenait avec

l’ancienne métropole ont fini par l’obliger à créer sa propre monnaie le 1er mars 1960 afin de sauvegarder son indépendance économique. Depuis 40 ans, la Guinée dispose ainsi de sa propre monnaie, le franc guinéen. C’est une monnaie qui n’est pas directement convertible sur le marché financier libre, mais elle a permis à la République de Guinée de résister à toutes les tentatives de déstabilisation monétaire qui aurait signifié l’écroulement de son économie naissante. Il fallait pour se faire mettre en place une Banque centrale de la République de Guinée dont le rôle déterminant dans l’Économie guinéenne est défini comme suit :

Il est de notoriété publique que la solidité d’une monnaie nationale dépend : i. des

capacités de production et d’exportation du pays qui l’émet ; ii. des réserves disponibles en or et en devises étrangères ; iii. de la capacité de la banque centrale et du gouvernement à contenir les tendances inflationnistes ; iv. de mener une politique économique qui rassure les opérateurs économiques nationaux et étrangers à travers une justice compétente, intègre et indépendante du pouvoir exécutif et un code des investissements attrayant pour les investisseurs sans pour autant brader les intérêts majeurs de la nation. L’ensemble de ces mesures contribuent ainsi à la mise en place d’une production nationale efficace et efficiente apte à assurer les engagements financiers nationaux et internationaux du pays : excédents au lieu de déficits budgétaires, excédents du commerce extérieur, niveau supportable des dettes intérieures et extérieures, sécurité alimentaire par la couverture à 100 % des besoins de la population, etc. C’est à partir de la satisfaction de ces conditions que l’on peut parler de convertibilité d’une monnaie.

Sous l’ancien régime qui pratiquait « l’économie de sa politique » caractérisée par une concentration du pouvoir et de tous les pouvoirs entre les mains d ‘un seul homme appelé « Responsable suprême de la Révolution », d’une part, et, par la pratique d’une économie planifiée s’appuyant sur une nationalisation poussée de toutes les activités de production, de distribution et des échanges, d’autre part, la monnaie guinéenne jouissait d’une relative stabilité. Celle-ci était due, en grande partie, au troc à travers lequel le gouvernement échangeait des matières premières agricoles et minières contre des équipements et des armements importés d’Union soviétique et des autres pays du bloc socialiste. Je me souviens encore des observations de certains fonctionnaires de la Banque mondiale qui me disaient dans les années 1975-1977 à Washington que leur institution était en train d’observer avec intérêt le « système d’économie non monétaire » qui était pratiqué par la Guinée avec ses partenaires étrangers. L’on doit reconnaître ici que le Président Sékou Touré s’est systématiquement opposé à toutes les pressions du Fmi et de la Banque mondiale pour soumettre le pays à un quelconque programme d’ajustement structurel (PAS) ou souscrire à une quelconque dévaluation de la monnaie guinéenne. Lorsqu’il mourait en mars 1984, l’endettement de la Guinée était d’environ 1,2 milliard de dollars USA, hors dette du bloc socialiste et le taux de change du franc guinéen était de 29 Sylis pour un dollar USA. La dette intérieure était pratiquement nulle, puisque le secteur privé national n’existait pas, mais l’inflation n’était pas maîtrisée et le taux de croissance était plutôt négatif.

2.3.1.2. Le Comité militaire de redressement national (CMRN) et le programme

d’ajustement structurel (PAS)

Quelle ne fut alors la surprise des experts des institutions de Bretton Woods lorsque le gouvernement du Comité militaire de redressement national qui a pris le pouvoir le 3 avril 1984 après la mort du premier Président de la République de Guinée accepta d’emblée un « programme de réformes économiques et financières » (PREF) qui prévoyait entre autres, pour la période 1984-1988 :

1.300 % de la monnaie guinéenne devenue franc guinéen le 6 janvier 1986 ; de 29 sylis pour un dollar USA, on est passé à plus de 900 francs guinéens pour un dollar USA ; aujourd’hui, on en est à 2.000 GNF pour 1 USD ;

la Banque centrale – et la création de nouvelles banques privées sans aucune compensation ni dédommagement d’aucune sorte pour les clients des banques d’État ;

100.000 à 55.000 fonctionnaires avec la création du BARAF, un organisme qui était chargé d’octroyer des prêts aux « déflatés » de la fonction publique

voulant s’installer à leur propre compte ;

Ce premier PAS ou PREF I fut suivi par une « facilité d’ajustement structurel »

(FAS) ou PREF II pour la période allant de 1988 à 1991. À celle-ci succéda une « facilité d’ajustement structurel renforcé » (FASR) allant de 1991 à 1994. Un autre accord pour une autre FASR allant de juillet 1994 à juin 1995 fut conclu avec le Fmi avec en plus la signature d’un « crédit d’ajustement sectoriel financier » (CASFI) avec la Banque mondiale dont la durée a été prolongée jusqu’en 1997. Ces efforts de réforme du système économique et financier furent couronnés de succès au niveau des agrégats macro-économiques mais au prix d’énormes sacrifices qui ont lourdement contribué aujourd’hui encore à un appauvrissement sans précédent de la population guinéenne. Dès 1993 le taux d’inflation qui était de 72 % l’an en 1987 est passé à 5 %, le taux de croissance qui était négatif est passé à 4 % l’an et, pour la période de 1986-1993, des ressources extérieures ont été mobilisées pour un montant total de 3 milliards de dollars USA. Toute la question est de savoir ce qui a été fait avec tout cet argent ! Car, en février 1996, une partie de l’Armée nationale se révoltait pour des raisons de non-paiement de primes de participation aux forces de l’Écomog au Libéria et en Sierra Leone et pour d’autres raisons relevant de leurs conditions de vie dans les casernes.

Peu de temps après, un premier Ministre fut nommé apparemment pour améliorer les relations tendues du gouvernement guinéen avec le Fmi et la Banque mondiale. Le suivi de l’ensemble des problèmes financiers relevant de l’ajustement structurel était confié à un « Comité de coordination au plan économique et financier » (CCEF) comprenant le premier ministre, le ministre de l’Économie et des Finances, le ministre du Plan et de la Coopération et le gouverneur de la Banque centrale. Après une certaine embellie dans les relations de la Guinée avec le Fmi et la Banque mondiale, le premier ministre fut d’abord dessaisi de toutes ses prérogatives économiques et financières pour être remercié par la suite sans que le commun des mortels puisse en connaître les raisons réelles. En supprimant le CCEF qui avait un avis à donner sur les recettes et surtout les dépenses de l’État avant leur exécution, le nouveau ministre de l’Économie et des Finances s’est arrogé le droit de décider tout seul du sort économique et financier de la République de Guinée. Une période caractérisée par des détournements de fonds sans précédent, la conclusion de marchés fictifs qui étaient payés sans prestations et le refus de payer des prestataires de services disposant de contrats réguliers. À moins que vous n’acceptiez de payer des commissions pouvant atteindre les 20 à 30 % des sommes à régler. L’arrivée des missions du Fmi était précédée d’opérations administratives qui devraient faire honte à tout fonctionnaire honnête. Afin de prouver que la dette intérieure qui avoisine les 23 milliards GNF était entièrement réglée, le ministère de l’Économie et des Finances retournait aux ministère de tutelle des projets financés sur le BND (Budget national de développement) toutes les factures présentées par ceux-ci pour règlement en leur demandant de représenter ces factures dès le départ des Experts du Fmi. Aujourd’hui, nul ne sait où va le bateau Guinée :

usuraires atteignant parfois 30 % l’an au moment où l’inflation était à 5 % ;

pratiquement jamais les projets industriels ;

de développement agricole, industriel ou immobilier ;

Certains en sont arrivés à parler de la « vente aux enchères » des principaux

intérêts de l’État guinéen. Mais disons sans ambages que les problèmes décrits ci-dessus n’ont rien à voir avec les nouveaux problèmes posés par les agressions qui sont annoncés aux frontières de la Guinée avec le Libéria et la Sierra Leone depuis le 1er septembre 2000.

      1. L’industrie, le commerce et l’artisanat
      2. La « Loi cadre » de novembre 1964 a sonné le glas du commerce intérieur sous

        l’ancien régime et la faillite des grands commerçants des années 1950. Certaines victimes de cette loi ont quitté la Guinée pour n’y revenir qu’après l’avènement du CMRN en avril 1984, c’est-à-dire après 20 ans d’exil. D’autres ont carrément choisi de rester à l’étranger.

        Au cours de cette période, le commerce était nationalisé dans ses plus petits détails : création des comptoirs du commerce extérieur, des comptoirs du commerce intérieur et des succursales de ces comptoirs dans toutes les régions du pays. Une police économique veillait sur l’application des décrets d’interdiction sans pour autant pouvoir supprimer les marchés où l’on ne vendait plus que des objets sans grande valeur au « marché noir ». Il aura fallu attendre la révolte des femmes du marché de Madina en août 1977 à Conakry pour voir la suppression de la police économique dont les abus étaient devenus intolérables. Ces événements qui font honneur à la femme guinéenne ont permis l’introduction d’une certaine dose de libéralisme dans le système économique guinéen dont la promulgation d’une loi encourageant les investissements des guinéens de l’extérieur dans leur pays. Cette loi ne manqua pas d’attirer les hommes d’affaires qui, à l’extérieur, attendaient un geste similaire de la part de l’ancien régime pour rentrer au bercail.

        Cette longue période d’étatisation des structures de production et de commercialisation, d’une part, et la fermeture des frontières pour des raisons de sécurité, d’autre part, ont provoqué en Guinée de profonds changements sociologiques dans les activités traditionnelles des populations guinéennes : les navetanes qui partaient chaque année du Foutah s’investir comme travailleurs saisonniers dans le bassin arachidier du Sénégal pour revenir au village garder les troupeaux après les cultures sont devenus des petits commerçants ambulants qui ont profité du « marché noir » pour couvrir toute l’étendue du territoire national.

        Grâce au libéralisme débridé qui est pratiqué depuis l’avènement du régime militaire, le commerce est devenu la principale activité non formelle des guinéennes et des guinéens. Et si l’on n’y prend garde, l’importation des denrées alimentaires de première nécessité par des sociétés commerciales soumises à un contrôle inefficace, pour ne pas dire plus, risque de nuire durablement à la production agricole d’origine nationale : en Moyenne Guinée déjà, les producteurs de pomme de terre éprouvent d’énormes difficultés

        à écouler leur récolte face à la pomme de terre importée. Il n’est pas non plus logique et défendable qu’un pays comme la Guinée qui possède 1.200 cours d’eau qui ne tarissent pas toute l’année importe annuellement plus de 200.000 t de riz que l’on peut cultiver sur place et couvrir tous les besoins de la sous-région d’Afrique de l’Ouest. Il suffit en fait de voir la liste des principaux produits d’importation pour voir qu’à l’exception de la soude caustique nécessaire pour le traitement de la bauxite, des hydrocarbures et des équipements industriels et de transport, la Guinée importe pratiquement tout ce que sa population consomme : le riz, le lait et les produits laitiers, les oléagineux, la farine de blé, les détergents, le textile dont la friperie omniprésente sur tous les marchés, la cigarette, le vin, la bière et les liqueurs, les meubles de luxe et les articles de toilette.

        Malgré les efforts déployés par les artisans et ceux qui prennent l’initiative de créer des petites unités de transformation sur place des produits agricoles, d’élevage et de la pêche afin de leur donner une certaine plus-value avant leur mise sur le marché local ou leur exportation, il n’existe aucune banque de développement pour soutenir ces opérateurs économiques nationaux. Toutes les usines qui ont été privatisées sans la participation des dignitaires du régime à travers des actions attribuées « gratuitement »ont été mises sur cales. Voir l’exemple de l’usine de jus de fruits de Kindia. Les produits locaux à transformer sur place ne manquent pas en Guinée : le beurre de carité, le néré, l’huile de palme, l’essence d’orange, les jus de fruit (orange, mangue, mandarine, ananas, etc.), le lait, le beurre et le yaourt, la tomate, le piment, les tubercules (manioc, patate douce, igname, pomme de terre, gingembre, etc.), les céréales (riz, maïs, fonio, mil, millet, etc.), les produits de la pêche, et j’en passe. Pour participer à la couverture des besoins locaux, point n’est besoin d’investissements de départ de plus de 100.000.- FRF.

        Chaque année, la foire du tourisme et de l’artisanat organisé par le ministère du même nom donne une idée de la richesse de la production artisanale guinéenne. Là aussi, c’est l’absence de soutien financier aux plus méritants qui empêche nos artisans à se lancer à la conquête des marchés à l’étranger.

      3. Les transports terrestres, ferroviaires, maritimes, aériens et fluviaux
      4. En avril 1984, le CMRN a hérité d’un réseau routier défectueux sur toute l’étendue

        du territoire national. Le calvaire des voyages à l’intérieur du pays commençait déjà à Matoto, dans la très proche banlieue de Conakry, la capitale. La ligne de chemin de fer Conakry-Niger longue de 661 km n’était plus qu’un souvenir. Le train de banlieue dénommé « Tanka » à cause de son prix modique et qui permettait aux habitants de se rendre au travail dans la presqu’île du Kaloum a disparu de la circulation.

        Pour parcourir les 700 km de Conakry à Kankan, les voyages duraient entre 15 heures et 21 heures de route selon que vous passiez par Kouroussa ou Faranah et Kissidougou. Au cours de la campagne des législatives de juin 1995, mon équipe a eu besoin de 6 heures pour aller de Kankan à Kouroussa distantes de seulement 90 km ! J’ai déjà signalé les difficultés que les élèves de la ville diamantifère de Banankoro éprouvaient pour aller passer les examens de fin d’année à Kérouané, chef-lieu de Préfecture. Je ne recommanderais non plus à personne de mettre un véhicule neuf sur la route Labé -Tougué sans faire le détour par Dalaba ou de se hasarder sur la route Boké-Gaoual pour se rendre au Sénégal sans faire le long détour de Kindia-Mamou-Labé-Gaoual ! Pour un réseau routier de 20.000 km environ, on ne pouvait pas compter plus de 3.000 km de route bitumée. Il y a des tronçons routiers qui ont purement et simplement été abandonnés. Lorsque les organisateurs du rallye Paris-Dakar ont voulu relier la ville de Kita au Mali à celle de Labé en Guinée, l’équipe chargée de la prospection d’itinéraires est tombée, à sa grande surprise, sur une route abandonnée dans sa partie guinéenne et c’est une colonie de singes mécontents d’être dérangés qui reçut bruyamment les imposteurs et les obligea à rebrousser chemin !

        Les trois lignes de chemin de fer qui fonctionnent actuellement ont une longueur moyenne de 150 km chacune et toutes les trois desservent des sites d’exploitation minière, soit Boké, Fria et Kindia. Au niveau des aéroports, il n’y a que celle de Conakry-Gbessia qui jouisse d’un statut d’aéroport international. La Guinée ne dispose pas d’aéroport de dégagement en cas d’empêchement de celui de Conakry. Avec 300 km de côte sur l’océan atlantique, la Guinée ne dispose que de deux ports d’envergure à Conakry et à Kamsar, Préfecture de Boké. Le transport des marchandises et d’autres produits par cabotage entre Benty, Conakry, Dubréka, Boffa, Boké-Kamsar et les nombreuses îles de la façade maritime aurait pu apporter du sang nouveau à l’économie guinéenne, mais personne n’y songe, le gouvernement non plus. Malgré l’existence de nombreux cours d’eau de statut inter-étatique (les fleuves Gambie, Niger et Sénégal), la navigation fluviale n’est pratiquée qu’entre les villes de Bamako au Mali et Siguiri et Kankan en Guinée et ce, pendant la saison des pluies.

      5. L’ eau, l’électricité, la poste et les télécommunications

En matière d’eau et d’énergie, la Guinée est le pays le mieux doté de la sous-région

par la nature mais le moins développé en matière de capacité de jouissance effective de l’eau courante et d’électricité pour ses habitants. Conakry passe pour la capitale la moins éclairée d’Afrique. La privatisation de la gestion de ces deux réseaux ne semble pas avoir donné satisfaction. Les raisons de cette débâcle sont nombreuses : installations vétustes sur l’ensemble des réseaux d’eau et d’électricité, coûts du m³ d’eau potable et du kWh prohibitifs par rapport au niveau des salaires des clients, branchements sauvages dont les consommations sont répercutées sur un nombre limité de clients solvables d’où l’émission de factures fantaisistes à la charge de ceux-ci, accumulation d’impayés au niveau des services publics et des ministères, et, last not least, des salaires mirifiques payés aux assistants techniques intervenant dans ce secteur.

La privatisation du téléphone au profit d’une société malaysienne a été un échec. Les liaisons sur l’étranger sont assurées par un nombre très limité de lignes disponibles en permanence. Des trafics de toutes sortes sont régulièrement constatés sur le réseau : cabines téléphoniques clandestines dont les factures sont répercutées sur les clients solvables. Il m’est personnellement arrivé de lire sur ma facture du téléphone cellulaire à Conakry les données suivantes :

Soit une facture qui n’a rien à voir avec la consommation réelle du client. Malgré la mise en place d’une commission parlementaire pour contrôler les coûts du téléphone et de l’électricité, aucune amélioration n’a encore été constatée à ces niveaux. Dans un pays qui n’assure pas la disponibilité du courant électrique 24 heures /24 dans sa capitale, il est difficile de parler d’informatique et d’internet pourtant absolument indispensables à l’épanouissement des jeunes et des cadres du pays. Sans parler des applications de l’informatique et de l’internet dans l’éducation, la science, le commerce et les communications dans un monde qui tant à devenir un village global.

En 1984, les services postaux étaient réduits à leur plus simple expression : pas de formulaires imprimés pour les différents services (télégrammes, mandats-cartes ou mandats-lettres, formulaires de recommandation, etc.). Les services financiers de la poste avaient disparu depuis belle lurette (comptes d’épargne et comptes chèques-postaux). Malgré les efforts qui ont été fournis dans ce domaine, la poste guinéenne reste l’un des services les moins performants du continent. En outre, le secret du courrier qui fait partie intégrante des droits du citoyen n’est pas assuré par la poste guinéenne.

      1. L’urbanisme, l’habitat, le bâtiment et les travaux publics

Trois décisions importantes de l’ancien régime ont très largement contribué à la

multiplication du nombre d’habitants de la ville de Conakry par vingt en vingt six années:

Ainsi, la population de Conakry est passée en 26 années de 55.000 à près d’un

million d’habitants sans que les infrastructures urbaines n’aient été préparées à l’accueil de cette population supplémentaire. Qui peut s’imaginer aujourd’hui que la ville de Conakry s’arrêtait, en 1958, au niveau de la Case de Belle-vue au nord et à celui du village de Dabondy, au sud ? Tout ce qui s’y est ajouté au fil du temps l’a été sans le moindre effort de planification urbaine de la part des pouvoirs publics. C’est maintenant que le gouvernement cherche à ouvrir des voies de communication entre les quartiers, ce qui ne se passe pas sans incidents souvent graves. Le cas de Caporo-rails où le gouvernement a procédé à la démolition de maisons d’habitation sur une superficie de plus de 50 ha, ce qui a fourni au gouvernement une occasion pour embastiller le Doyen Bâ Mamadou et le Député-Maire de la Commune de Ratoma où se situe le secteur de Caporo-rail sans levée de l’immunité parlementaire de ces deux responsables de l’UNR (Union pour la nouvelle république).  À ce titre, il convient de poser la question de savoir si la Guinée veut renoncer une fois pour toutes aux 3 à 4 milliards de tonnes de minerais de fer enfouis sous le sol de la banlieue de Conakry ou si, un jour, on devrait songer à exploiter cet important gisement minier en bordure de mer. Les projets de développement urbain devraient tenir compte de ces impératifs.

Depuis quarante ans, les deux régimes qui se sont succédé en Guinée n’ont pas été capables de réaliser, que ce soit à Conakry ou à l’intérieur du pays, la moindre opération immobilière comportant, ne serait-ce que 1.000 logements à caractère social. Le bureau d’études qui m’employait en Côte d’Ivoire supervisait les travaux de construction de près de 10.000 logements par an ! En arrivant prochainement à Conakry, essayez de compter le nombre de grues sur les chantiers éventuels entre l’aéroport et votre domicile. Vos dix doigts suffiront très largement pour le décompte. Après les deux grands chantiers du barrage de Garafiri et de la route Kouroussa-Kankan avec la construction du pont sur le Niger, les entreprises étrangères n’ont plus rien à faire dans un pays qui devrait ressembler à une ruche d’abeilles. Quant aux entreprises locales, leur existence est menacée par l’incapacité du gouvernement à financer de manière régulière les travaux qui sont confiés à celles-ci sur le fameux BND (Budget national de développement). Le nombre de chantiers abandonnés pour manque de financement de la part du gouvernement sont légion en Guinée. On dit généralement que « quand le bâtiment va, tout va.» En Guinée, rien ne va plus dans le bâtiment, si ce ne sont les villas qui poussent comme des champignons sur financement de fonctionnaires très mal payés mais qui se servent royalement dans les caisses de l’État.

      1. Le tourisme et l’hôtellerie

Le seul type de tourisme qui était pratiqué sous l’ancien régime était le tourisme

d’État, ces touristes étant généralement des invités officiels dont les programmes étaient strictement organisés et surveillés par des spécialistes en la matière. Faute de ressources, la plupart des infrastructures d’accueil ont périclité tant à Conakry qu’à l’intérieur du pays. À ma connaissance, les deux « villas Syli » qui ont tenu assez longtemps sont celles de Pita et de Faranah. Conakry semble encore une fois être la capitale africaine la moins bien dotée en réceptifs hôteliers de la sous-région. Dans cette ville, l’on ne dispose que de trois hôtels de bon standing qui sont le grand hôtel de l’indépendance (Novotel), l’hôtel Camayenne (Sabena) et Mariador-Palace. L’extension du Novotel au détriment de la corniche-ouest de Conakry, d’où l’on pouvait chaque soir observer le coucher du soleil derrière les Iles de Loos est un véritable massacre du paysage urbain. Il en est de même d’ailleurs pour la suppression de la Plage Péronne dans le même secteur. Tant que le gouvernement ne mettra pas en place des structures d’appui et de financement des infrastructures hôtelières, le secteur du tourisme qui peut devenir une très importante source de devises étrangères ne pourra pas prendre son envol. Les sites à aménager ne manquent pas le long des 300 km de façade maritime, dans les montagnes du Foutah Djallon, dans les plaines du Niger et de ses affluents et enfin dans les Monts Nimba et Ziama en région forestière.

 

 

    1. LA CORRUPTION ET LES DÉTOURNEMENTS DES DENIERS PUBLICS

Parmi les facteurs qui exercent une influence certaine sur le non-développement de

la République de Guinée, il y a la corruption et les détournements des deniers publics. Ces deux fléaux sont devenus un sport national, sinon une industrie dont la pratique est plutôt considérée comme un signe d’intelligence. Ceux qui s’y adonnent ne courent en Guinée aucun risque, tant qu’ils savent déposer au bon endroit la « part » des autres. Alors, leurs supérieurs disent qu’il sont « efficaces. »

Il ne passe pratiquement pas une semaine sans que la presse nationale ne mette à nu quelques scandales financiers. Le journaliste de l’hebdomadaire « L’Indépendant » Jean-Baptiste Kourouma a failli payer de sa vie la publication du premier article sur le scandale financier de Fria. Celui-ci aurait été enlevé nuitamment de son domicile pour être bastonné afin qu’il « passe le reste de sa vie à se soigner ». Quelques temps après, c’était la fermeture pure et simple des bureaux de l’hebdomadaire. À cette occasion, j’eus la surprise d’entendre à la télévision guinéenne le ministre de l’Économie et des Finances proférer des menaces au cours d’un débat à l’Assemblée nationale contre l’hebdomadaire parce que celui-ci n’aurait pas indiqué les montants exacts qui avaient été détournés, et des députés de l’opposition prier le ministre « offensé » de ne pas porter plainte contre les journalistes coupables de lèse-majesté. 

Dès 1985, des responsables de la Direction nationale des investissements publics (DNIP) ont mis en place avec des fonctionnaires des autres ministères un réseau mafieux de manipulation des marchés publics qui attribuait les marchés d’études, de travaux et de fourniture d’équipements de l’État aux plus offrants des candidats. Pour avoir demandé au ministre du Plan, autorité de tutelle de la DNIP, les critères de choix des concurrents pour un appel d’offres national restreint qui a été lancé en 1987 sans termes de références, ni critères de notation des concurrents, des voix autorisées de cette mafia ont prononcé une condamnation disant que tant qu’ils seront aux affaires en Guinée, ce bureau d’études n’obtiendrait jamais de marchés publics. On exige des entreprises et autres sociétés qui travaillent pour l’État guinéen de payer et de se taire. Quiconque accepte ces conditions, reçoit sur ses comptes bancaires des sommes énormes à partager sans même avoir besoin d’un contrat fictif. Les paiements destinés aux entreprises qui interviennent sur la base d’un contrat réel après avoir effectivement réalisé les prestations demandées ne sont pratiquement jamais réglés.

En juillet 1999, l’ancien ministre Hervé Vincent Bangoura a été chargé par le Chef de l’État de mener une enquête sur le détournement d’une somme de 1.000.063.000.000.-GNF au détriment de la Compagnie Friguia et du Trésor public. Pour avoir publié le deuxième rapport de synthèse relatif à cette affaire, le directeur de publication du journal « L’Indépendant » a été jeté en prison et les portes de l’hebdomadaire fermées sans aucun acte juridique conséquent. Ceci pour dire que dans la deuxième République, ce ne sont pas les corrompus et les prédateurs qui détournent les fonds publics qui sont poursuivis, mais bien les journalistes qui ont le courage civil d’en rendre compte dans leurs colonnes. Ici, je vais m’en tenir aux cas flagrants de détournements des fonds publics qui ont fait l’objet de publication dans la presse privée en Guinée :

Lorsque ceux dont la vocation première est de créer des emplois, donc de la

richesse pour les populations guinéennes sont spoliés de leurs droits au profit des parasites dont le seul mérite réside dans la flagornerie des grands du moment ou l’état de maîtresses dévouées, on aboutit à une société bloquée comme c’est aujourd’hui le cas pour notre pays.

  1. LA SITUATION SOCIALE DE LA RÉPUBLIQUE DE GUINÉE : L’ÉTUDE SUR LA PAUVRETÉ EN GUINÉE

3.1. GÉNÉRALITÉS

Après seize ans de pouvoir du CMRN et du PUP, on ne peut plus mettre la cause de

tous les problèmes sociaux de la Guinée sur le dos du régime du PDG. D’autant plus que sous l’ancien régime, le gouvernement manifestait un souci permanent par rapport au plein emploi, quitte à faire fi de l’adéquation de la formation des fonctionnaires avec l’emploi exercé. Depuis l’adoption du programme d’ajustement structurel (PAS) en 1984, les populations ont connu un degré de paupérisation sans précédent :

licenciement dû au « dégraissage » de la fonction publique et à la privatisation des sociétés d’État. D’où la destruction de la cellule familiale et le recours à des méthodes de survie inimaginables dans un pays de très vieille tradition: prostitution, alcoolisme, consommation et commerce de la drogue, banditisme en zone urbaine, etc. ;

enfants, la pauvreté qui règne dans les familles oblige les parents à renoncer à inscrire leurs enfants dans les écoles et plus particulièrement les jeunes filles ;

3.2. L’ÉTUDE SUR LA PAUVRETÉ EN RÉPUBLIQUE DE GUINÉE

Après vous avoir dépeint grosso modo la misère sociale qui règne actuellement

dans notre pays, je vais vous rendre compte d’une étude que ma société d’ingénierie vient de mener au cours des années 1999-2000 dans les quartiers populaires de Conakry. Elle porte le titre de « Aspects et visages de la pauvreté en République de Guinée ». En partant d’un projet d’études et de film sur les « enfants de la rue » à Conakry, mes collaborateurs et moi-même nous sommes rendus compte de l’étendue de la misère ambiante dans notre capitale. Nous avons alors établi six catégories de pauvres, à savoir :

Nous avons ainsi interviewé 25 pauvres dont les souffrances sont véritablement un

calvaire dans un pays dont les dirigeants disent que leurs épouses ne vont pas au marché, donc ils se fichent des prix des denrées qui y sont vendues. Si le temps nous le permettait, je vous lirais volontiers trois ou quatre interviews, c’est plus édifiant que tous les discours que l’on peut tenir sur la pauvreté en Afrique.

Je vous remercie de m’avoir accordé ce privilège et reste à votre entière disposition

pour répondre à vos questions.

Fait à Paris, le 07 Janvier 2001

Le Président du Parti Dyama

Mohamed Mansour KABA