JOURNÉE GUINÉENNE DU CRAC DU 24/05/2003 À PARIS

Les responsables du Comité de réflexion et d’action (CRAC) qui m’ont invité à participer à cette journée m’ont expressément demandé de présenter le programme du Parti DYAMA en matière d’éducation, de santé, de sécurité et d’énergie. D’où la limitation de ma contribution à ces domaines spécifiques.

Lorsqu’on demande à un homme politique de présenter le position de son parti sur un certain nombre de secteurs comme l’éducation, la santé, la sécurité et l’énergie comme c’est le cas aujourd’hui, l’on est confronté à deux écueils : éviter l’usage des slogans des meetings populaires, d’une part, et ne pas non plus trop donner dans la recherche scientifique sur ces thèmes , d’autre part. Au cours de la campagne présidentielle de décembre 1993, j’ai eu l’occasion de présenter à la radio et à la télévision guinéenne un exposé de 7 mn sur chacun de ces domaines, ce qui veut dire que le Parti DYAMA a déjà fait connaître au peuple de Guinée sa conception du développement en général et son programme de gouvernement relatif à ces secteurs en particulier. Mon intervention sera une brève contribution afin de permettre aux autres collègues de s’exprimer sur les mêmes thèmes. Les débats qui s’en suivront me donneront l’occasion d’approfondir les aspects particuliers sur lesquels les uns et les autres voudront avoir de plus amples informations. Cette intervention se limitera donc aux quatre secteurs qui sont l’objet de mon exposé.

L’ÉDUCATION

L’éducation, la formation professionnelle et la recherche scientifique sont, pour le Parti DYAMA, la priorité des priorités. Au cours des cinquante dernières années, ce secteur a subi un développement en dents de scie : après de véritables avancées tant du point de vue quantitatif que qualitatif par rapport au système éducatif de la période coloniale, l’éducation est devenue au cours des dernières années de l’ancien régime un secteur où la démagogie par rapport aux élèves et aux parents d’élèves l’emportait sur le souci de donner à nos enfants une éducation à la citoyenneté et à l’accès à un emploi rémunérateur.

Lorsque je quittais la Guinée en 1957 pour intégrer l’École des Travaux publics de l’AOF à Bamako, la Guinée ne formait pas plus de dix bacheliers par an. Le brevet était un sésame qui ouvrait toutes les portes. Avec le certificat d’études primaires élémentaires, on pouvait devenir commis expéditionnaire. La Guinée ne comptait qu’un seul collège classique, qu’un seul collège moderne, qu’un seul collège technique et qu’un seul centre d’apprentissage. Il y avait, pour la formation des instituteurs, un cours normal à Kankan et un autre à Kindia. Au niveau des jeunes filles, il y avait à Kaloum, quartier Almamya- Château d’Eau un collège de jeunes filles. L’effectif de ces établissements scolaires pris ensemble n’atteignait pas le millier d’élèves. Quant aux écoles primaires, elles n’existaient que dans les grands centres administratifs. Ce qui obligeait les écoliers et les écolières venant des villages voisins soit à marcher de longs km par jour, soit à être confiés à des parents plus ou moins lointains, soit à des instituteurs liés à leurs familles.

L’ élan de solidarité africaine qui a suivi le retrait des fonctionnaires français après le « non » historique du 28 septembre 1958 a vu affluer en Guinée des dizaines de cadres africains et de la diaspora noire dont des enseignants de premier plan. Les réformes du système éducatif qui ont été adoptées et appliquées en cette période d’expérimentation a donné aux jeunes guinéens en cours de formation un niveau scientifique jamais égalé au cours de la colonisation. Pour ma part, la création du Centre de Dabadou (les « dabadins ») a été une réponse géniale au manque de professeurs des collèges. La création en 1963 de l’Institut polytechnique Gamal Abdel Nasser à Conakry a complété ce tableau qui avait été assombri par l’arrestation des principaux responsables du syndicat des enseignants en 1961 dont Koumandian Kéïta, Bah Abdourahmane Kaba et beaucoup d’autres pour complot.

Le système éducatif guinéen a subi par la suite plusieurs réformes. Mais jusqu’en 1975, le niveau de formation des jeunes guinéens n’avait rien à envier à celui de leurs collègues des pays voisins. Et ce, en tenant compte de l’introduction de l’enseignement des langues nationales. Par la suite, l’introduction de l’enseignement de masse avec interdiction de doubler pour les élèves, quelque soit leur niveau réel, l’attribution du plus fort coefficient à la production, la création des centres d’éducation révolutionnaires (CER) et des cités socialistes pour garçons et filles ont fini par détruire l’école guinéenne. La création de facultés d’agronomie au niveau de la plupart des préfectures a également contribué à la démotivation des étudiants qui étaient arbitrairement affectés, à la fin des études, dans la fonction publique et les entreprises d’État sans tenir aucun compte de leurs spécialités.

Aujourd’hui, les nouvelles réformes qui sont intervenues après la prise du pouvoir par des officiers de l’Armée nationale le 04 Avril 1984 ont supprimé l’enseignement des langues nationales et les facultés agronomiques dans les préfectures. L’enseignement du français a été généralisé à tous les établissements scolaires, publics et privés. De nombreuses conférences sur la réforme de l’enseignement ont vu le jour. Beaucoup d’argent a été investi dans la construction scolaire, surtout dans le primaire. Des progrès ont été constatés dans le taux de scolarisation des enfants. Mais la grande misère engendrée par le programme d’ajustement scolaire (PAS) du Fmi et de la Banque mondiale, d’une part et la corruption et les détournements des fonds publics, d’autre part, ont miné le système éducatif. Les programmes de développement lancés au niveau des différents niveaux d’enseignement - primaire, secondaire, professionnel et supérieur - ont une efficacité très limitée. L’intérêt des dirigeants se limite très souvent à la distribution des véhicules 4x4 tout terrain, aux bons d’essence et aux frais de mission et autres per diem. Tous ces moyens sont en outre mobilisés pour les campagnes électorales du PUP dès lors que des élections sont annoncées. Les résultats de ce marasme sont connus de tous : les étudiants de l’université de Kankan sont en rébellion depuis plusieurs mois car la moindre manifestation pour la défense de leurs intérêts corporatifs est sujet à matraquage, emprisonnement et même exclusion pour les soi-disant meneurs. Le manque d’eau et d’électricité dans les locaux de l’université de Conakry à la veille des examens a également entraîné les étudiants de cette université dans les manifestations contre l’incapacité du régime à assurer dans la capitale l’alimentation en eau et électricité de leurs locaux. À notre avis, le système éducatif guinéen continuera sa descente aux enfers tant que ce régime sera en place. Au niveau du primaire et du secondaire, ce sont des salles de classe vétustes, mal meublées et mal équipées et surchargées avec 120 élèves par classe malgré la double vacation. Les deux universités manquent de bibliothèques et d’enseignants de bon niveau. Les cités universitaires ont atteint un degré de délabrement inimaginable. Certains étudiants dorment par terre sur des nattes comme au village. Les repas du restaurant universitaire se réduisent à très peu de chose. Le niveau des bourses d’étude sont, au gré des étudiants, tout à fait inadapté à la situation d’inflation galopante qui règne dans le pays.

De notre point de vue, les fonctions essentielles d’un système éducatif performant sont :

devoirs ;

Les propositions du Parti DYAMA pour la réalisation de ces objectifs sont :

1/ L’organisation des états généraux de l’éducation afin de dresser un bilan exhaustif du

système éducatif actuel, déceler ses forces et ses faiblesses et formuler des propositions tendant à une réforme qui s’avère indispensable.

Cette réforme devra tenir compte des spécificités et des besoins du secteur productif de

la Guinée et assurer aux apprenants une adéquation de la formation reçue avec les

possibilités d’emploi. En d’autres termes, l’école, le collège, le lycée et l’université

doivent cesser d’être des usines à production de chômeurs. Il faut savoir à ce titre que

de nombreuses promotions de l’université guinéenne n’ont, au cours des 15 dernières

années trouvé aucun emploi.

2/ L’adoption d’un programme de formation professionnelle qui soit apte à prendre en

compte les besoins en formation des sortants des différents niveaux scolaires :

primaire, premier cycle du secondaire, terminale, concours d’accès aux facultés, BTS et

fin d’études universitaires. Les professions enseignées à ces différents niveaux peuvent

être : l’électricité (courant fort, courant faible), la menuiserie - ébénisterie, les

laborantins, la maçonnerie, la peinture, la plomberie sanitaire, les mines et les

opérateurs informaticiens.

3/ L’organisation d’un programme d’alphabétisation fonctionnelle pour les jeunes non ou

très peu scolarisés en langue nationale et en français afin de leur assurer un accès aux

programmes de formation professionnelle sus-visés.

4/ Le lancement d‘actions volontaristes en faveur de l’introduction de l’informatique dans

toutes les sphères de la vie éducative et socio-économique en supprimant toutes les

taxes douanières sur tous les produits des novelles technologies de l’information

(informatique), qu’il s’agisse du matériel ou des logiciels.

5/ La mise en place d’un véritable projet de développement culturel : recherches

archéologiques comme ce fut le cas dans l’ancienne capitale de l’empire du Mali à Niani

dans la préfecture de Mandiana, réhabilitation des nombreux monuments historiques et

du musée national de Conakry, collecte de la musique traditionnelle et des contes et

légendes dans toutes les quatre régions naturelles du pays, promotion des arts et des

lettres, organisation de la production audio - visuelle et de l’industrie du cinéma, etc.

6/ L’introduction de l’obligation de la scolarisation pour tous les jeunes (garçons comme

filles) jusqu’à l’âge de treize ans correspondant au niveau de la fin du primaire. Cette

obligation pourra dix ans plus tard être portée à l’âge de 16 ans.

7/ Enfin le lancement d’un vaste programme de construction et d’équipement scolaire et

universitaire qui puisse assurer cette scolarisation prioritaire pour toutes et tous.

 

 

LA SANTÉ

La santé et l’éducation sont les principaux éléments constitutifs de ce qu’on appelle le secteur social. Les objectifs assignés à un système sanitaire performant sont, pour nous au Parti DYAMA :

santé ruraux et de quartier fonctionnant de préférence à l’énergie solaire ;

Le régime qui règne aujourd’hui sur notre pays ne manifeste aucune volonté politique d’amélioration du système de santé publique en Guinée. Les dispensaires et les hôpitaux ne reçoivent que ceux des citoyens qui peuvent payer les soins qui leur sont donnés. L’évacuation sanitaire à l’étranger pour des maladies que les médecins guinéens devraient pouvoir traiter est la règle. À notre avis, cette situation ne peut disparaître qu’avec la fin du présent régime de dictature militaire corrompue qui ne dit pas son nom. Le programme que le Parti DYAMA propose pour ce secteur est résumé ci-dessus dans ce que l’on attend d’un système de santé efficace et fonctionnel.

Il faut en outre penser au lancement d’un vaste programme de recherche scientifique en direction de la pharmacopée africaine (terre, plantes, feuilles, écorces et racines) et de la médecine traditionnelle qui recèlent des connaissances millénaires utiles à l’avancement de la science médicale universelle. Le produit le plus efficace contre le paludisme aujourd’hui provient de la médicine traditionnelle chinoise. On est en train d’en étudier les conditions de culture en Afrique. Qui est-ce qui peut me dire ici quels sont les principes actifs du kinkéliba de chez nous ou du soumbara issu du néré ? Nous courrons actuellement le danger que les grandes multinationales de la pharmacie viennent en Afrique, s’emparent de nos produits traditionnels et enregistrent des brevets là-dessus en nous interdisant de les utiliser sans leur autorisation. Les enjeux sont donc de taille !

L’année dernière, j’ai participé à la création d’une association contre le paludisme dans une ville italienne qui a transféré dans le Lac de Bolsena une espèce de poisson qui se nourrit des larves de moustiques. Dans cette ville de Bolsena et autour du lac, il n’y a plus de moustiques, car pas de larves, pas de moustiques et pas de paludisme !

L’ÉNERGIE ET L’EAU

La République de Guinée est le pays des contradictions incompréhensibles. Déjà au cours de la campagne présidentielle de décembre 1993, j’avais utilisé les deux images suivantes :

saison des pluies parce que la cour est inondée. Mais en cherchant à se laver les mains une fois entré dans sa maison, les robinets ne vous donnent aucune goutte d’eau.

Je disais cela il y a dix ans. Aujourd’hui, la situation a plutôt empiré. C’est une question de choix économique et de volonté politique. Car dans la sous - région ouest - africaine, la Guinée est le pays le mieux arrosé. Conakry reçoit 5 000 mm d’eau de pluie par an, alors qu’Abidjan en reçoit 3000 mm par an et Ouagadougou et Bamako, moins de 1 800 mm par an. En outre, le massif du Foutah Djalon est considéré comme le « château d’eau » de l’Afrique de l’Ouest. De nombreux cours d’eau côtiers (le Konkouré, la Fatala, le Rio Nunez et beaucoup d’autres) ainsi que des fleuves comme le fleuve Sénégal, le fleuve Gambie, le Tinkisso, un affluent du Niger y prennent leur source. Le fleuve Niger prend sa source à côté de la ville de Faranah suivi des plusieurs affluents comme le Milo, le Sankarani, le Nyandan, la Fié, etc.

Depuis l’indépendance en 1958, aucun programme de développement énergétique conséquent n’a été lancé pour résoudre à long terme les problèmes d’approvisionnement de la Guinée en énergie hydro électrique. Or la vocation de la Guinée est de servir de source de ravitaillement de la sous - région en énergie électrique après avoir satisfait ses propres besoins industriels et domestiques.

Le potentiel hydro électrique de la Guinée est immense. On l’estime à plus de 7000 MW. Les quelques rares unités de barrages hydro électriques qui fonctionnent aujourd’hui ne représentent que 1/100e du potentiel existant. En dehors du fameux barrage de Garafiri, il s’agit des Grandes chutes (puissance installée : 20 MW) sur le Samou, de Donkéa (puissance installée : 15 MW) également sur le Samou, de Kinkon (puissance installée : 3,2 MW) sur le Kokulo et de celui de Dabola (puissance installée :1,5 M) sur le Tinkisso. Soit un total de 39,7 MW.

Par contre, l’ancien régime a fourni un effort considérable dans l’identification et l’études des barrages hydro électriques et du régime des rivières en Guinée : les sites étudiés sous l’ancien régime sont : Fomi sur le Niandan (puissance installée : 85 MW), Souapiti sur le Konkouré (puissance installée : 400 MW), Amaria sur le Konkouré (puissance installée :500 MW), Kamarato sur le Baoulé (puissance installée :17,5 MW), le K. Tamba sur le Bafing (puissance installée :300 MW) et le Bebele sur le Tene (puissance installée : 50 MW). Cela représente une puissance installée totale de 1352,5 MW. Pour les 56 autre sites identifiés et non étudiés, il y en a pour plus de 1700 MW. Ce qui veut dire que pour 3086 MW de potentialité connue, la Guinée n’a réalisé que 39,7 MW. Pendant ce temps on détourne les fonds publics à tour de bras et l’on s’étonne que Conakry manque d’eau et d’électricité.

L’ancien régime avait également procédé à l’étude des caractéristiques de 24 rivières parmi les plus significatives en matière de bassins versants ( en km²), de potentiel énergétique (en GWh) et en production réelle (en GWh).

L’installation de groupes thermiques comme Tombo 2, 3, ou 4 à Conakry n’est qu’une solution provisoire. L’électricité en Guinée doit être d’origine hydro électrique ou elle ne sera pas. Ce réseau devra être complété par le courant électrique d’origine solaire et éolienne. Un accent très particulier devra être mis sur l’énergie solaire en zone rurale. Lorsque nous aurons électrifié les villages avec cette source d’énergie disponible toute l’année, nous créerons les conditions d’un recul significatif de l’exode rural et de la criminalité qui accompagne ce phénomène dans les villes.

Parallèlement aux grands projets de construction des barrages pour la transformation sur place de la bauxite en aluminium très grande consommatrice d’énergie électrique, il faudra lancer un vaste programme de construction de micro - barrages à buts multiples pour l’adduction d’eau et l’énergie électrique.

Pour l’immédiat, il faudra combattre le trafic du carburant qui met à sec les centrales thermiques de Conakry et acheter de nouveaux équipements. L’équivalent des 20 millions de dollars prélevés sur les avoirs de la Banque centrale par le vice - gouverneur de cette institution pour financer la pré campagne du Président Lansana Conté prouvent que la Guinée dispose de suffisamment de ressources financières pour régler au plus vite le problème de la pénurie d’eau et d’électricité. C’est la volonté politique qui n’est pas là. Et il faudra une autre volonté politique pour mettre cette équipe gouvernementale hors d’état de continuer à piller impunément les ressources de la nation. Cette année 2003 est l’année de ce rendez - vous des Guinéennes et des Guinéens avec l’histoire de leur pays.

Merci de m’avoir accordé la possibilité de m’exprimer sur ces sujets pour le compte du Parti DYAMA.

Sur les problèmes de sécurité, j’ai publié à Conakry dans le Dauphin N°035 du 10 au 25 avril 2003 un article avec pour titre : « Corruption, criminalité, insécurité et peine de mort en Guinée » à lire sur le site internet du Parti DYAMA qui est : www.guinea-dyama.com.

Fait à Paris, le 24 Mai 2003

Le Président du Parti DYAMA

 

M. M. KABA