L’ELECTION PRESIDENTIELLE DE JUIN ET NOVEMBRE 2010 : ANALYSE DES RESULTATS ET LECONS A TIRER

La phase de la transition sous la conduite du CNDD a pris fin en janvier 2010, avec la déclaration de Ouagadougou qui instaura une deuxième équipe de transition ayant à sa tête un Président de la République par Intérim, le Général Sékouba KONATE nommé le 06/01/2010 et un Premier Ministre, Chef du Gouvernement d’Union nationale de Transition, Jean Marie DORE, nommé à son tour le 21/01/2010. Cette nouvelle équipe était chargée notamment de deux tâches principales, à savoir l’organisation de l’élection d’un Président de la République et la réforme des Forces de défense et de sécurité. Malgré des difficultés de toutes sortes, l’élection présidentielle fut organisée par la Commission électorale nationale indépendante (CENI) avec l’assistance technique du gouvernement de transition là où cette aide était nécessaire et conformément à la Loi. Le premier tour de cette élection eut lieu le 27 juin 2010 et le deuxième tour, seulement quatre mois plus tard, le 07 novembre 2010.

Dans la présente étude, nous n’allons pas insister sur les multiples problèmes qui ont apparu le long de la période de préparation de cette élection. Nous allons concentrer nos efforts sur les circonstances qui ont eu impact immédiat sur les résultats, sur l’analyse de ces résultats pour les deux tours, ainsi que sur les enseignements à tirer de cette élection.

LES RESULTATS COMPLETS ET DEFINITIFS DU PREMIER TOUR

Ces résultats complets et définitifs après la centralisation de la Chambre Constitutionnelle de la Cour Suprême sont présentés dans le tableau n°1, tiré du journal officiel intitulé « Spécial Arrêt de la Cour Suprême 2010 », joint en annexe au présent document. Ils viennent corriger les résultats provisoires qui ont été donnés par le Président de la CENI le 02 juillet 2010. Nous avons décidé de commenter ces résultats définitifs du premier tour, en procédant à la classification des candidats par régions d’origine. Pourquoi avons-nous procédé ainsi ? La plupart des observateurs intéressés ont constaté le caractère communautariste de cette élection. Quoi qu’en diront les candidats sur le caractère national de leurs partis politiques respectifs. Le tableau n°2 suivant illustre de manière remarquable cet état de fait. Bien que le choix de cette méthode de classification et d’analyse soit arbitraire, elle se justifiera dans la mesure où elle nous facilitera la compréhension du phénomène extraordinaire, à travers lequel un candidat qui a obtenu 43,09 % des suffrages valablement exprimés au premier tour, se laisse distancer au deuxième tour par son concurrent qui n’avait obtenu que 18,25 % au tour précédent. Dans ce cas de figure, les chiffres sortis des urnes, avec toutes les faiblesses liées aux prestations de la CENI, semblent plus éloquents que n’importe quels discours.

Tableau n°2 : Résultats du premier tour de l’élection présidentielle.






PRENOMS ET NOMS


POURCEN-

TAGES

OBTENUS





PRENOMS ET NOMS


POURCEN

TAGES OBTENUS



BASSE GUINEE






HAUTE GUINEE



1


SIDYA TOURE, UFR



13,02 %


1


ALPHA CONDE, RPG


18,25 %


2


IBRAHIMA ABE SYLLA, NGR



3,23 %


2


LANSANA KOUYATE, PEDN


7,04 %


3


ABOUBACAR SOMPARE, PUP



0,95 %


3


Dr. OUSMANE KABA, PLUS


0,54 %


4


IBRAHIMA KASSORY FOFANA

GPT


0,66 %


4


FRANCOIS LOUNCENY FALL, FUDEC


0,46 %


5


EL HADJ MAMADOU SYLLA,

UDG


0,45 %


5


Mme SARAN DARABA KABA, CDP


0,39 %


6


Dr. MBEMBA TRAORE, PDU



0,24 %


6


MAMADY DIAWARA, PTS


0,31 %


7


JOSEPH BANGOURA, UDIG



0,18 %


7


ALPHA IBRAHIMA KEIRA, PR


0,25 %


8


ABRAHAM BOURE, RGUD



0,12 %


8


EL HADJ BOUNA KEITA, RGP


0,07 %


9


FODE MOHAMED SOUMAH,

GECI


0,11 %








TOTAL « BASSE GUINEE »



18,96 %



TOTAL « HAUTE GUINEE »


27,31 %




MOYENNE GUINEE / FOUTAH DJALLON





GUINEE FORESTIERE



1


CELLOU DALEIN DIALLO, UFDG



43,09 %


1


EL H. PAPA KOLY KOUROUMA, RDR


5,74 %


2


BOUBACAR BARRY, PNR



0,80 %


2


JEAN-MARC TELLIANO, RDIG


2,33 %


3


OUSMANE BAH, UPR



0,58 %






4


BOUBACAR BAH, ADPG



0,30 %





5


MAMADOU BAADIKO BAH, UFD



0,19 %






TOTAL “MOYENNE GUINEE”



44,96 %



TOTAL “GUINEE FORESTIERE”


8,07 %



TOTAL GENERAL SUFFRAGES DES 4 REGIONS NATURELLES




99, 30 %






LE GOUVERNEMENT D’UNION NATIONALE DE TRANSITION SEUL CONTRE TOUS

A la date du 27 juin 2010, toutes les conditions n’étaient pas réunies pour l’organisation d’un scrutin équitable et transparent. Pendant que les électrices et les électeurs de certaines régions avaient été amplement recensés et inscrits sur les listes électorales, celles et ceux d’autres régions n’avaient pas joui du même traitement. Au moment où la CENI annonçait environ 60 % d’électeurs inscrits, la communauté internationale était tant et si bien pressée du retour des militaires dans les casernes, qu’elle était prête à organiser l’élection présidentielle sur la base de ces résultats. Mais en s’engageant sur cette voie, elle était sûre aussi que des conflits post-électoraux allaient éclater, au point qu’elle avait prévu et préparé en même temps des sites d’accueil pour les réfugiés guinéens au Liberia. Il aura fallu tout le flair politique et l’autorité du Premier Ministre Jean Marie DORE pour résister aux pressions des ambassadeurs occidentaux qui étaient à la manœuvre à Conakry. Ceux-ci sont allés jusqu’à demander au Premier ministre de ne reporter la date du premier tour que pour des raisons techniques et pas pour des raisons de sécurité. J’étais personnellement témoin de la formulation de cette exigence, à laquelle le Premier Ministre a répondu qu’il n’organisera jamais les élections, tant qu’il y aura le moindre risque de coups de feu ! La crise post-électorale qui a éclaté en Côte d’Ivoire lui a donné raison sur les ambassadeurs occidentaux, qui ont eu le courage de reconnaître leur erreur.

Pour se conformer avec les règles et usages recommandés pour la situation, le Premier Ministre avait demandé un référendum pour l’adoption ou non de la Constitution proposée par le Conseil National de la Transition (CNT). Tous crièrent en chœur que le gouvernement de la transition voulait s’éterniser au pouvoir. On adopta la solution de la signature et de la promulgation de la Loi fondamentale de la République - la Constitution - par le Président de la République par Intérim. Il en fut de même lorsque le Premier Ministre a souhaité que la Loi précise les modalités de coopération entre le ministère de l’Administration du Territoire et la CENI, par application de l’article 2 du Code électoral également proposé par le CNT. On a voulu brûler toutes les étapes en disant qu’ « il valait mieux une élection bâclée, que pas d’élections du tout !». La CENI a finalement organisé l’élection présidentielle dans les conditions chaotiques que nous connaissons. La plupart des recours qui ont été présentés par les candidats devant la Cour Suprême ont été rejetés pour diverses raisons liées au respect ou non des modalités de saisine de cette Institution. Il en résulta les chiffres que nous avons publiés dans les tableaux 1 et 2 susvisés.

Le Premier Ministre et son gouvernement furent aussi confrontés à l’épineux problème de l’arrivée sur le sol guinéen de troupes étrangères, afin de sécuriser le vote sur toute l’étendue du territoire national. Cette solution qui avait été appliquée en Côte d’Ivoire (Forces françaises Licorne et Casques bleus des Nations Unies) et en République démocratique du Congo a été rejetée catégoriquement par le gouvernement de transition. La FOSSEPEL fut créée à cet effet et nous n’avons pas eu à nous en plaindre, tout en sauvegardant l’honneur du pays. Il faut reconnaître qu’à ce niveau, le gouvernement d’union nationale de transition a sauvegardé l’essentiel des attributions d’un Etat.

LES RESULTATS DEFNITIFS DU PREMIER TOUR PUBLIES DANS LE JOURNAL OFFICIEL DE REPUBLIQUE DE GUINEE

Sauf erreur de frappe de notre part, les chiffres des tableaux n°1 et 2 proviennent de la Chambre Constitutionnelle de la Cour Suprême, « Spécial JO Arrêt Cour Suprême 2010 ».

Afin d’éviter tout malentendu sur le rôle des différentes institutions impliquées dans la gestion des élections en République de Guinée, nous allons citer l’article 2 du Code électoral conçu par le Conseil National de la Transition (CNT) :

Le Code électoral donne au président de la CENI, dans l’article 162, le pouvoir discrétionnaire de « prononcer la nullité » des procès-verbaux, lorsqu’il apparaît que ceux-ci sont « inexploitables ». Mais nulle part, le CNT n’a traité des cas d’annulation du vote dans une circonscription entière, avant la publication des résultats provisoires et la transmission des procès-verbaux à la Cour Suprême. Cet oubli du CNT autorisa l’annulation pure et simple, par la Cour Suprême, du vote dans cinq (5) circonscriptions électorales sans aucun recours.

L’ANNULATION SANS RECOURS, PAR LA COUR SUPREME, DE LA TOTALITE DU VOTE DANS LES CINQ CIRCONSCRIPTIONS DE MATAM, RATOMA, KANKAN, MANDIANA ET LOLA

Par défaut de transmission à la Cour Suprême des procès-verbaux de la totalité du vote dans les circonscriptions électorales de Matam, Ratoma, Kankan, Mandiana et de Lola, la Cour Suprême annula purement et simplement le vote dans ces cinq circonscriptions. Ainsi par la faute et les insuffisances de la CENI et de son premier président, feu Ben Sékou SYLLA et de certains de ses collègues, les candidats perdirent le bénéfice du vote de 669 647 électeurs inscrits, soit 17,72 % du total, comme le montre le tableau n°3 ci-dessous :





Tableau N°3 : Vote annulé pour les circonscriptions électorales de Matam, Ratoma, Kankan, Mandiana et de Lola :



Circonscriptions

Electorales



Nombre d’inscrits


Pourcentage

des inscrits



Observations


1



MATAM

(Conakry)


93 508


2,47 %


Vote annulé par la Cour Suprême pour non réception des PV de cette circonscription.


2



RATOMA

(Conakry)


332 160


8,79 %


Idem


3



KANKAN



132 517


3,51 %


Idem


4



MANDIANA


47 882


1,27 %


Idem


5



LOLA


63 580


1,68 %


Idem


6



TOTAL


669 647


17,72 %


Idem



Selon les résultats provisoires publiés par la CENI pour le premier tour, cette annulation du vote dans ces cinq (5) circonscriptions électorales se chiffrait comme suit pour les trois premiers du classement par ordre de mérite :

Tableau n° 4 : Les cinq circonscriptions dont les résultats ont étés annulés








CIRCONSCRIPTIONS



NOMBRE D’INSCRITS



SUFFRAGES VALABLEMENT

EXPRIMES


EL HADJ CELLOU DALEIN DIALLO




PROF.

ALPHA

CONDE



SIDYA

TOURE


1



MATAM


93 508


73 678


14 552


10 531


32 500


2



RATOMA


332 160


225 374


140 311


23 485


39 613


3



KANKAN


132 517


105 522


7 080


70 652


1 322


4



MANDIANA


47 882


44 260


1 547


34 407


711


5



LOLA


63 580


43 695


1 486


5 592


2112


6



TOTAL


669 647


492 529


164 976


144 667


76 258



Cette grave atteinte aux droits d’expression des citoyennes et des citoyens pourrait être évitée si toutefois l’on adoptait un système unique de transmission des procès-verbaux de la CENI à la Cour Suprême, comme indiqué dans l’article 162 du Code électoral qui en confie la responsabilité au président de la CENI. Ce sont les dysfonctionnements constatés à ce niveau qui ont amenés la Cour Suprême à annuler le vote dans ces cinq (5) circonscriptions électorales.

Pour des raisons difficilement compréhensibles du commun des mortels, nous avons été confrontés à une manifestation de colère des femmes militantes de l’UFR dont le candidat était l’ancien Premier Ministre Sidya TOURE. Au lieu de chercher à résoudre les problèmes posés au niveau de la Cour suprême, ce candidat mobilisa les militantes de l’UFR pour occuper la rue et insulter copieusement le Président de la République par Intérim, et ce, de la manière la plus vulgaire. Il aura fallu la mobilisation de la communauté internationale pour que le Président par Intérim, le Général Sékouba KONATE, ne mette pas à exécution sa menace de démission, suite aux injures proférées par les femmes de l’UFR contre son père et sa mère. Nul ne sait quelles suites aurait eu cette démission. Mais la facture de toutes ces manœuvres sera payée par l’UFR, puisque son ralliement au candidat de l’UFDG au deuxième tour de l’élection présidentielle ne portera pas bonheur à celui-ci. Comme quoi la politique du pire qui consiste à dire « ou c’est moi, ou c’est le chaos », n’est pas toujours payante.

Première leçon : le Code électoral doit impérativement prévoir la reprise du vote dans toutes les circonscriptions dont le suffrage sera annulé pour quelque raison que ce soit, avant la publication des résultats provisoires par la CENI, et la transmission des procès-verbaux à la Cour Suprême. Il convient également d’insister sur le caractère collégial du travail de la CENI, le président n’étant qu’un simple coordinateur de ces prestations. Les modalités de transmission des procès-verbaux à la Cour Suprême devront être définies de manière exacte, afin d’éviter toute confusion à ce niveau.

LE MEMORANDUM DU RPG SUR LES DYSFONCTIONNEMENTS DANS LES PRESTATIONS DE LA CENI

On dirait que les membres de cette CENI avaient engagé un concours de tricheries, pour voir qui servirait le mieux son candidat ? Ainsi le commissaire chargé du découpage électoral qui serait proche de l’UFDG, concocta, pour les électeurs de Haute Guinée, bastion du RPG, un découpage électoral qui affectait certains électeurs à plus de 40 km de leurs résidences, ce qui ne pouvait pas leur permettre de voter, un jour où la circulation des véhicules est interdite.

Dans un mémorandum, le candidat du RPG releva tous les dysfonctionnements constatés dans les prestations de la CENI lors du premier tour, et exigea que toutes ces sources de tricheries soient corrigées avant de se présenter pour le second tour. Une commission ad-hoc fut chargée de recenser ces dysfonctionnements au nombre de vingt-quatre (24). D’où les quatre mois de délai entre le premier et le deuxième tour.

Parmi les dysfonctionnements constatés au niveau du premier tour de cette élection présidentielle, nous nous limiterons aux faits et constats suivants :

ANALYSE DES RESULTATS DU PREMIER TOUR DE L’ELECTION PRESIDENTIELLE

L’analyse des résultats du premier tour de l’élection présidentielle du 27 juin 2010 est très riche d’enseignements :

Première remarque : le caractère communautariste de cette élection est confirmé par ces résultats.

  1. Le candidat du RPG n’a obtenu, pour les résultats validés, qu’une seule fois plus de 10 000 voix tant dans les cinq communes de Conakry, moins Matam et Ratoma en Basse Guinée, qu’en Moyenne Guinée. Ce fut dans la commune de Matoto (14 359 voix). Il a par contre, fait le plein des voix en Haute Guinée, moins Kankan et Mandiana et partiellement en Région Forestière, moins Lola. Les 855 voix obtenues à Boké sont à remarquer, puisque cette ville est sa ville natale.

  2. Le candidat de l’UFDG a, de son côté, récolté le maximum de voix en Moyenne Guinée, tout en confortant ses résultats dans des circonscriptions à forte implantation de sa communauté à Matoto, Kindia, Télémélé, Dabola et Dinguiraye.

  3. Le candidat de l’UFR a lui, fait le plein des voix à Conakry et en Basse Guinée. Il n’est arrivé qu’en quatrième position dans la circonscription de Macenta, avec 6 308 voix.

  4. Le candidat du PEDN, l‘ancien Premier Ministre Lansana KOUYATE, a glané des voix à Dubréka et en Région Forestière, notamment à N’Zérékoré, Macenta et Beyla.

  5. Le candidat du RDR, El Hadj Papa Koly KOUROUMA ne s’est vraiment affirmé qu’en Région Forestière, avec ses 5,74 %.

  6. Le candidat du NGR, Ibrahima Abé SYLLA a obtenu 46,81 % du total du suffrage obtenu dans la seule circonscription électorale de Kindia, soit 26 627 voix à Kindia pour un total de 56 878 voix sur le plan national.

  7. Le même cas de figure se présente également pour le candidat Jean Marc Téliano, qui a obtenu 27 523 voix à Guéckédou, pour un total, sur le plan national, de 41 332 voix, soit 66,59 %.

Nous arrêterons cette démonstration au niveau des candidats qui ont obtenu plus de 1,00 % du total des suffrages valablement exprimés. A la surprise générale, le candidat du PUP, qui avait présidé l’Assemblée nationale pendant une très longue période, n’a obtenu que 0,95 % du total des suffrages valablement exprimés ! Dire que ce parti politique était super-majoritaire de par la volonté du régime militaire !

Deuxième remarque : Le très faible taux de participation des électeurs inscrits sur les listes électorales de la circonscription de Matoto, la plus peuplée des cinq communes de Conakry et de Dixinn. Pour les 339 302 inscrits de Matoto, il n’y a eu que 79 334 votants, soit seulement 23,38 %. Ce résultat nous semble curieux dans la mesure où l’affluence des électeurs dans les différents bureaux de vote de Conakry laissait apparaître un fort taux de participation. Ici aussi, des chefs de quartier malveillants, associés à des leaders malhonnêtes ont détruit toutes les urnes qu’ils pouvaient faire disparaître. Autant l’UFDG est censée être puissante dans la commune de Ratoma, autant le RPG est crédité d’une forte représentation dans la commune de Matoto. Tous les moyens étaient bons pour affaiblir le candidat du RPG, en dérobant les urnes de cette circonscription. Un véhicule immatriculé au nom d’un haut dirigeant de l’UFDG a été saisi par les populations. Le véhicule était rempli d’urnes à faire disparaître. C’est le même phénomène de vol des urnes que l’on a constaté également dans la circonscription de Dixinn.

Tableau N°5 : Comparaison des taux de participation dans les cinq Communes de Conakry










Circonscriptions électorales



Nombre

d’inscrits


Nombre de votants


Taux de

participation


Observations


1



KALOUM


51 513


43 331


84,17 %


Taux de participation conforme


2



MATAM


(93 508)


-


-


Vote annulé par la Cour Suprême


3



MATOTO


339 302


79 334


23,38 %


Vol organisé des urnes à détruire


4



RATOMA


(332 160)


-



-


Vote annulé par la Cour Suprême


5



DIXINN


97 692


27 672


28,32 %


Vol organisé des urnes à détruire


6



TOTAL


488 507 POUR

914 175 INSCRITS


150 337


30,77 %


Ce taux est dérisoire par rapport à l’engouement des électeurs.



2e leçon : Ce tableau nous permet de constater les effets ravageurs du vol des urnes, d’une part, et des insuffisances de la CENI, dans la capitale Conakry, d’autre part. Personne ne peut incriminer les partisans du candidat du RPG dans le cas de cette « association de malfaiteurs » qui était à l’œuvre dans les quatre communes de Conakry, hors Kaloum. Surtout qu’il s’agissait de circonscriptions où le Prof. Alpha CONDE était en position favorable. Nous pouvons nous imaginer les fraudes multiples commis à l’intérieur du pays par les amis de ces tricheurs de Conakry, dans les circonscriptions où ils étaient en position de force : cartes d’électeurs pour des mineurs, bourrage des urnes, votes multiples, etc.

Le Code électoral devrait sévir contre ces faussaires, qu’ils soient membres assermentés de la CENI ou militants de partis politiques ou même candidats à des élections. Des peines de prison assorties de privation des droits civiques pour une longue période devraient sanctionner ce genre de brigandage tendant à priver les électeurs de leurs droits élémentaires de choisir librement leurs dirigeants.

Troisième remarque : Le faible taux de participation de 52 % dans l’ensemble du pays souffre aussi de l’annulation du vote dans les cinq circonscriptions électorales de Matam, Ratoma, Kankan, Mandiana et Lola totalisant 669 647 inscrits, soit 17,72 % des électeurs inscrits. Le pouvoir qui a été donné au président de la CENI par le CNT devra être revu et amendé, conformément aux propositions formulées plus haut dans la présente étude.

Quatrième remarque : Un fait nouveau est à signaler. L’effondrement du PRP devenu l’UPR, le parti de feu Siradiou DIALLO, dont le candidat, le Ministre d’Etat Ousmane BAH n’a obtenu, sur le plan national, que 12 140 voix, soit 0,58 % des suffrages exprimés. Lors des élections précédentes, le PRP de feu Siradiou DIALLO faisait généralement jeu égal avec l’UNR de feu Mamadou BA, devenu l’UFDG. Le tableau n° 3 annonce une concentration du vote de la communauté originaire de la Moyenne Guinée sur l’UFDG qui a obtenu 43,09 % du suffrage national exprimé, tandis que les quatre autres candidats totalisaient seulement 1,87 % de ce vote au niveau national. Cette unité de l’électorat originaire de Moyenne Guinée autour d’un seul candidat et d’un seul parti politique comporte des avantages certains, mais aussi beaucoup d’inconvénients. Nous résumerons cette situation comme suit : on rassure sa propre communauté, tout en poussant toutes les autres à s’unir contre la sienne. C’est le phénomène que nous avons constaté à l’occasion du deuxième tour de l’élection présidentielle de novembre 2010. Le ralliement de leaders impressionnés par les 43,09 % obtenus par le candidat de l’UFDG au premier tour n’a rien changé à cette alliance des autres contre l’UFDG. Cela restera ainsi, jusqu’au jour où des leaders de la communauté Peuhl comprendront qu’il faut dépasser les liens et les préoccupations autour des intérêts communautaires, pour concevoir une politique véritablement nationale, afin d’accéder au fauteuil présidentiel. Un jour, l’électorat communautariste finira par se lasser de la politique du « Tout ou rien pour une seule communauté ! ».

Cinquième remarque : Dans les trois autres régions naturelles du pays, la position dominante d’un candidat a été rééquilibrée par les résultats obtenus par les autres candidats originaires de ces régions. Pour la Basse Guinée par exemple, le candidat de l’UFR a obtenu 13,02 % contre 5,94 % pour les huit autres candidats. En Haute Guinée aussi, le candidat du RPG a obtenu 18,25 % de voix contre 9,06 % pour les sept autres candidats. En Région Forestière, El Hadj Papa Koly KOUROUMA s’est affirmé dans les circonscriptions établies autour de la ville de N’Zérékoré, tandis que Jean Marc Télliano s’imposait à Guéckédou et, dans une moindre mesure, à Kissidougou.

Sixième remarque : L’utilisation du bulletin unique pour les 24 candidats a empêché les tricheries dans la mise à disposition des bulletins de vote dans les bureaux de vote. Avec les bulletins individuels pour chaque candidat, des maires indélicats trichaient en donnant aux bureaux de vote un nombre inégal de bulletins, afin de pénaliser un adversaire craint dans la circonscription électorale.

LES RESULTATS DU DEUXIEME TOUR DE L’ELECTION PRESIDENTIELLE

Après la correction des dysfonctionnements constatés par une commission ad-hoc, l’on passa au scrutin du deuxième tour, dont la date a été fixée au 07novembre 2010. Les deux candidats retenus pour le second tour étaient respectivement, El Hadj Cellou Dalein DIALLO, le candidat de l’UFDG, qui avait obtenu 43,09 % et le Prof. Alpha CONDE, le candidat du RPG, qui avait obtenu 18,25 % du suffrage valablement exprimé.

LES ENJEUX DU DEUXIEME TOUR DE L’ELECTION PRESIDENTIELLE

Nous avions face à face deux candidats d’âges et de profils totalement différents. El Hadj Mamadou Cellou Dalein DIALLO est un produit de l’université guinéenne ; il aura participé pendant plus de dix ans à l’équipe gouvernementale de la dictature militaire, jusqu’au poste de Premier Ministre. Il est supposé avoir amassé une grande fortune grâce à sa présence dans différentes équipes gouvernementales du Général-Président Lansana CONTE auquel, selon ses dires, il est resté reconnaissant. Bien que plus jeune que son concurrent, l’ancien Premier Ministre était réputé représenter le « passé ».

De son côté, le Prof. Alpha CONDE avait la réputation d’un « opposant professionnel », qui a passé plus de deux ans de sa vie dans les geôles de la dictature militaire du Général-Président. Contrairement à son concurrent, il n’a jamais participé aux gouvernements successifs du Général Lansana CONTE qui ont pillé les maigres ressources du pays et l’ont mis à genoux au bout de 24 ans de pouvoir sans partage. Bien qu’il ait déjà dépassé les 70 ans d’âge dont plus de quarante années de militantisme, le Prof. Alpha CONDE représentait, aux yeux des populations guinéennes, les « mains propres et le changement».

La principale question qui devrait se poser devrait être : soit l’installation d’un fidèle serviteur de la dictature militaire dans le fauteuil présidentiel, avec tout ce que cela comporte d’impunité et d’oubli des crimes économiques et de sang commis sous le régime militaire, soit le soutien à un patriote qui a été victime de ce régime corrompu aux mains tâchés de sang. Mais c’était mal comprendre les appétits de pouvoirs communautaristes qui se sont emparés des cadres guinéens qui ont contaminé, à leur tour, les couches populaires. L’unité de la communauté Peuhl ayant été faite autour du candidat de l’UFDG, l’on vit des cadres de cette ethnie que l’on ne pouvait même pas soupçonner apporter leur soutien à un haut représentant du régime militaire, faire campagne pour El Hadj Cellou Dalein DIALLO pour des raisons purement ethnocentriques et régionalistes. De ce point de vue, les enjeux ont changé de cap : la principale question qui se posait était devenue la résistance contre cette mainmise d’une seule ethnie sur tout le pays. C’est ainsi que le Prof. Alpha CONDE a cherché et réussi à fédérer un maximum de partis politiques au nombre de 112 et d’anciens candidats, 16 au total, pour soutenir sa candidature. Ce sont finalement deux groupes qui se sont affrontés dans une campagne électorale où tous les coups semblaient être permis : l’Alliance Cellou Dalein Diallo Président, d’un côté et l’Alliance Arc-En-Ciel de l’autre.





LA DEFECTION DES ELECTEURS DES PARTIS POLITIQUES LIES A L’UFDG ET LA VICTOIRE DU CANDIDAT DU RPG

Dans le contexte d’un ethnocentrisme exacerbé, le soutien de l’UFR (Sidya TOURE avec ses 13,02 %) et de la NGR (Ibrahima Abé SYLLA avec ses 3,23 %) et d’autres anciens candidats, n’apporta pas grand-chose au candidat le mieux placé au premier tour, El Hadj Cellou Dalein DIALLO, malgré ses 43,09 %. Il n’obtint en fin de compte que 47,48 % au 2e tour, contre 52,52 % pour le Prof. Alpha CONDE. Le candidat de l’UFDG n’ajouta à son score du premier tour que 4,39 %, alors que celui du RPG obtint 34,27 % de plus qu’à l’occasion du premier tour (18,25 %).

Y a-t-il eu trahison de la base ou ignorance du contexte sociopolitique par les leaders qui ont rejoint le candidat de l'UFDG ? Cette question mérite d’être posée. Et sa réponse se trouve déjà dans le premier discours que j’ai prononcé au cinéma REX en août 1992 à Kankan. Au cours de ce meeting, j’ai dit que compte tenu des réalités sociopolitiques et démographiques du pays, aucune communauté ethnique n’était numériquement capable d’installer son candidat dans le fauteuil présidentiel en République de Guinée en ne comptant que sur l’électorat de son ethnie ou de sa région. J’avais dit ceci : « Même si tous les Malinké votaient pour le Prof. Alpha CONDE, il n’obtiendrait pas plus de 32 %. Il en serait de même pour Siradiou DIALLO au niveau de la communauté des Peuhl. Pour être élu président de la République, il faudra obtenir 50 % plus une voix. Le minimum exigé serait dans ce cas, de 50,01% – 32% = 18,01 %, qu’il faudrait chercher dans les autres régions et les autres ethnies. En continuant à ignorer les autres, vous aurez des députés et des maires, mais jamais de président de la République. C’est celui qui réussira à convaincre les autres électeurs par-delà sa région et son ethnie qui s’assoira dans le fauteuil présidentiel en République de Guinée ». En ce temps-là, l’on me reprocha ma méconnaissance de la politique et l’on ne reconnut que mes aptitudes professionnelles d’ingénieur et de bâtisseur. Mais pour réussir, c’est bien la voie que j’ai indiquée dès 1992 que le Professeur emprunta tous azimuts en 2010. Les résultats définitifs du 2e tour sont assez éloquents. Ils sont à consulter sur le tableau n°6, selon les publications de Chambre Constitutionnelle de la Cour Suprême en sa séance du 17 novembre 2010.

LECONS A TIRER DU DEUXIEME TOUR DE L’ELECTION PRESIDENTIELLE

Le tableau n°6 donne une comparaison des résultats obtenus par les deux protagonistes du deuxième tour. Au deuxième tour également, le vote ethnique saute aux yeux pour le candidat de l’UFDG, El Hadj Cellou Dalein DIALLO. Il n’a obtenu à cette occasion la majorité des voix que dans les circonscriptions de forte concentration des électeurs originaires du Foutah Djallon. Chez le candidat du RPG, le Prof. Alpha CONDE, l’Alliance Arc-En-Ciel a merveilleusement fonctionné dans les trois autres régions de la Guinée, à savoir la Basse Guinée, la Haute Guinée et la Guinée Forestière comme le montre le tableau n°6.

LES VIOLENCES COLATERALES DU DEUXIEME TOUR

Cette élection présidentielle a été accompagnée de violences exercées de part et d’autre par les deux camps. Nul ne peut prétendre avoir été seul victime des exactions de l’autre partie. Parmi les cas les plus graves, on peut citer l’exécution d’un militant du RPG devant le siège de ce parti à Hamdallaye, par un tireur posté dans un immeuble de l’autre côté de la Route Le Prince. Cela suppose une intention criminelle d’assassiner par balles et la cruauté de mise à exécution de cette intention. Suite aux rumeurs d’empoisonnement de militants du RPG lors d’un meeting à Conakry, les militants du RPG ont répondu dans diverses villes de Haute Guinée et de la Région Forestière en s’attaquant aux compatriotes d’ethnie Peuhl. Il s’en suivit un exode de quelques centaines de familles des villes de Siguiri, Kouroussa et Kissidougou vers le Foutah Djallon.

Mais après la publication des résultats du deuxième tour avec l’annonce de la victoire du Prof. Alpha CONDE, les militants de l’UFDG ou tout au moins les compatriotes proches de cette tendance politique ont monopolisé l’exercice de la violence dans tous les quartiers de Conakry où ils se trouvaient en position de supériorité numérique, soit à Hamdallaye, Taouyah, Kaporo, Bambeto, Enco 5 et Cimenterie, pour ne citer que ces quartiers. En Moyenne Guinée, les biens appartenant aux cadres des partis politiques dirigés par des Peuhl qui se sont alliés au RPG furent pillés et démolis, avec mort d’homme à Dalaba. Les villes de Koubia, Labé et Pita se sont illustrées dans ces exactions. Le Premier Ministre a dû remplacer sur le champ le Préfet de Pita qui a refusé de porter assistance à des fonctionnaires originaires d’autres régions de la Guinée en poste dans cette ville et dont les familles avaient été chassées de leurs logements. Les biens de ces fonctionnaires ont été pillés et incendiés par les partisans de l’UFDG qui voulaient attenter à leurs vies. Aucune interpellation, ni aucune sanction n’a frappé les auteurs de ces exactions. Pire, les objets volés chez un ami originaire de Dalaba ont été retrouvés chez des voleurs dans la ville de Dalaba. Mais les services de sécurité ont refusé d’intervenir « pour ne pas envenimer la situation ». Au point que ces gens se croient désormais tout permis dans les villes citées plus haut au Foutah Djallon. Ils poussent le culot jusqu’à narguer les militants Peuhl membres de partis politiques alliés au RPG, en les menaçant d’autres exactions sans aucune conséquence pour eux.

Dès lors que les combats d’idées se transforment en pugilats, destruction de biens, renvois de citoyens dans leurs régions d’origine et même assassinats de sang-froid, la situation devient ingérable. C’est à ce problème que le gouvernement d’union nationale de transition a été confronté après l’annonce des résultats du deuxième tour de l’élection présidentielle de novembre 2010. C’est le Bon Dieu qui a sauvé la Guinée. Souhaitons qu’il en soit de même pour les prochaines élections législatives, communales et communautaires.

LE SOUTIEN DU PEUPLE CONTRE CELUI DES CHANCELLERIES OCCIDENTALES

Un enseignement et non des moindres est à tirer de cette élection présidentielle. C’est la limite du soutien des chancelleries occidentales. Certains leaders ont énormément compté sur le soutien de leurs amis d’Europe et d’Amérique, comme si la décision finale de leur élection dépendait de ceux-ci Nous l’avons vu. C’est le Peuple de Guinée qui vote. Et qui, par cet acte de souveraineté, choisit celui qui, selon lui, est le mieux indiqué pour présider aux destinées de la Guinée. La communauté internationale approuve ce choix dès lors qu’il s’exprime dans un cadre libre, transparent et équitable. Avec les moyens financiers glanés çà et là, certains procédèrent à des actions d’achat de conscience comme nous ne l’avons jamais vu au paravent sur le terrain politique. Des millions de nos francs ont été distribués à la place des arguments politiques. Ces « chefs » n’avaient pas besoin de militants, mais d’obligés misérables qui les suivaient à cause de leur largesse avec, soit de l’argent volé à ce Peuple, soit avec des subsides octroyés par des amis auxquels on promettait ciel et terre en cas d’élection. Cela constitue, à mes yeux, une pollution du paysage politique qui décrédibilise les politiciens.

Il faudrait concevoir une politique de financement des partis politiques et des campagnes électorales, afin de limiter ces gaspillages. Les dépenses de campagne devraient être strictement contrôlées par les institutions républicaines chargées de cette tâche.

L’opposition dite « radicale » croit, malgré la débâcle du deuxième tour, qu’elle représente aujourd’hui encore plus de 60 % de l’électorat guinéen. C’est oublier le fait que les leaders politiques qui ont fait alliance avec le candidat de l’UFDG ont été lâchés par leur base. Ces partis politiques ont perdu leur électorat du premier tour de manière durable. Ces partis politiques sont devenus des coquilles vides qui s’agglutinent autour de l’UFDG. Mais ce parti politique, de son côté, profite d’une confusion qu’il alimente au niveau de ses militants. Lorsqu’on considère l’électorat du Foutah Djallon, plus de 60 % des inscrits sont des Djallonka, des Maninka et des Poullis qui obéissent à leurs maîtres au doigt et à l’œil. Le jour où ceux-ci se rendront compte de leur situation d’esclaves domestiques depuis près de trois siècles, comme c’est déjà le cas pour les cadres qui ont créé la « Fondation Mandé-Djallon », l’UFDG sera réduite à sa plus simple expression. A terme, ce parti politique est en sursis au Foutah Djallon.

AUTRES OBSERVATIONS ET LECONS POUR LES ELECTIONS LEGISLATIVES

L’Etat de droit que nous voulons bâtir devra être un Etat fort, impersonnel, démocratique, laïque et juste. Les violations des droits humains devront être sanctionnées quel qu’en soient les auteurs et de quelque bord politique qu’ils soient. La persistance de l’impunité dans notre pays est la première source des crimes économiques et de sang. C’est ce comportement « hors-la-loi » que nous avons constaté à l’occasion de la dernière élection présidentielle. Il est du devoir de l’Etat d’imposer à tout le monde le respect des lois et règlements. Sinon c’est l’anarchie qui s’installe dans le pays. Et aucun développement socioéconomique durable n’est possible dans l’anarchie et l’impunité.

Sur le plan réglementaire, les élections législatives devraient avoir lieu six (6) mois après l’élection présidentielle. Cela veut dire que ces législatives devraient être terminées depuis la fin du mois de juin 2011. Force est de constater qu’une année entière après ce délai, nous en sommes encore là à épiloguer sur la restructuration de la CENI et le remplacement de son actuel président, M. Louncény CAMARA. Nous aurions plus intérêt à capitaliser sur l’expérience déjà acquise par les membres de la CENI, au lieu de tout reprendre à zéro. La société guinéenne étant aujourd’hui ce qu’elle est, il sera impossible de trouver l’homme providentiel qui rassurera toutes les parties. Et il n’est pas question d’aller chercher quelqu’un d’autre ailleurs !

A la place de ce combat d’arrière-garde stérile, je souhaiterais engager dès maintenant le débat sur la représentativité des députés élus sur la liste uninominale majoritaire. Le Code électoral prévoit effectivement l’élection d’un tiers des députés à l’Assemblée nationale sur liste uninominale, de manière majoritaire à un tour. Les 2/3 restants devront être élus sur la liste nationale à la proportionnelle. Nous obtenons ainsi 38 députés à l’uninominal et 76 députés sur le liste nationale, soit au total 114 députés. Cela veut dire que quel que soit le poids démographique d’une circonscription électorale, celle-ci n’a droit qu’à un seul député à l’uninominal. Le côté injuste de cette règle réside dans le fait que les circonscriptions électorales de Koubia (39 373 inscrits), Koundara (44 256 inscrits), Tougué (48 240 inscrits) disposent chacune d’un député à l’uninominal, de même que les communes de Matoto (343 749 inscrits) et Ratoma (339 946 inscrits au 2e tour). Ma proposition pour une plus grande justice dans ce domaine, sans atteindre la proportionnelle, est d’affecter à ces circonscriptions électorales plus de députés selon le tableau n°7 ci-dessous.

Le nombre de députés ayant été fixé à 114 députés en 1991, il serait grand temps de revoir ce nombre, afin de tenir compte de l’accroissement de la population guinéenne.

Tableau n° 7 : nombre de députés par circonscription électorale à l’uninominal




NOMBRE D’INSCRITS AU 2e TOUR


CIRCONSCRIPTIONS ELECTORALES


NBRE DE DEPUTES

PAR CIRCONSC.


TOTAL

PARTIEL


1




35 000 A 80 000

Gaoual, Fria, Koundara, Tougué, Koubia, Yomou, Kaloum, Boffa, Lélouma, Dalaba, Dabola, Dinguiraye, Lola



1



13


2



80 001 A 100 000

Forécariah, Kouroussa,

Matam, Dixinn, Coyah, Mali, Kérouané, Beyla, Mandiana


2


18


3




100 001 A 200 000

Télémélé, Faranah, Pita, Dubréka

Mamou, Siguiri, Kissidougou, Guéckédou, Macenta, Boké, Labé, Kankan, Kindia, N’Zérékoré



3



42


4



200 001 A 300 000


-


4


0


5



300 000 A 450 000


Matoto, Ratoma


5


10


6



TOTAL


33 PREFECTURES + 5 COMMUNES DE CONAKRY



83



Nombre total des députés à l’uninominal : 83

Nombre total des députés sur la liste nationale : 83 x 2 = 166 députés

Nombre total des députés : 83 + 166 = 249 députés au lieu de 114.

La population guinéenne ayant doublé depuis 1991, l’on pourrait geler ce nombre de députés pour les vingt (20) prochaines années.

CONCLUSION

La présente étude est une tentative d’analyse des phénomènes et des événements relatifs à la première élection véritablement démocratique depuis l’indépendance de notre pays. Il m’a semblé nécessaire de formuler mes observations et mes critiques sur ce qui m’a semblé important. J’espère que d’autres études suivront pour approfondir ou critiquer certains aspects de mon étude. La perfection n’étant pas de ce monde, et étant moi-même un militant engagé depuis plus de quatre décennies, il est tout à fait naturel que cette étude qui est loin d’être académique, ne puisse pas satisfaire tout le monde. Néanmoins, je suis prêt à affronter tous ceux qui, de bonne foi, voudront échanger des points de vue sur les différents sujets qui ont été abordés dans la présente étude.



Conakry, le 21 Juin 2012

El Hadj Mohamed Mansour KABA

E-mail : mansourkaba@yahoo.fr

DOCUMENTS ANNEXES :

  1. Tableau n°1 : Les résultats définitifs du 1er tour

  2. Tableau n°6 : Comparaison des résultats du 1er et du 2e tour.









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