INTERVIEW: LES VERITES DE MANSOUR KABA

Témoin privilégié de l’évolution sociopolitique de la Guinée depuis l’instauration du multipartisme en Guinée (mais aussi bien avant), nous avons rencontré El Hadj Mohamed Mansour Kaba pour réagir sur l’actualité nationale.

La Nouvelle Marche : Pouvons-nous avoir, pour commencer, votre carte de visite ?

El Hadj Mohamed Mansour Kaba : Je commence par vous remercier pour l’occasion que vous me donnez d’exprimer mon point de vue sur l’actualité nationale. Ma carte de visite n’est pas simple à présenter, car mes activités et mes centres d’intérêt sont aussi multiples que variés. Je suis El Hadj Mohamed Mansour Kaba, Ingénieur diplômé en Génie civil de l’Université technique de Munich en Allemagne, avec des études postuniversitaires en Sciences économiques et Organisation du Travail dans le même établissement. Cette Grande Ecole est considérée comme la « forge des prix Nobel » de ce pays. Mais avant d’arriver dans cette université technique en 1961, je suis passé respectivement par l’école primaire de Kabada à Kankan (1948-1953), le Collège technique d’industrie de Conakry-Donka (1953-1957) et l’Ecole des travaux publics de l’ex-Afrique occidentale française à Bamako (1957-1960). Je suis âgé de 72 ans et suis père de cinq enfants, tous universitaires.

Sur le plan professionnel, je fais partie des pionniers de l’ingénierie en Côte d’Ivoire, où j’ai eu l’opportunité de gérer et avec succès, de 1972 à 1978, plusieurs grands projets de l’Etat ivoirien en ma qualité de Directeur général adjoint du Bureau d’Etudes INTRADEP (15 ingénieurs et 30 techniciens supérieurs). En octobre 1978, j’ai créé à Abidjan la société d’ingénierie pluridisciplinaire Trans African Services International (TAS International), qui a, entre-temps, conçu et géré des grands projets dans 25 pays d’Afrique et d’Asie, grâce à des contrats obtenus sur appels d’offres internationaux et sur financement des institutions internationales comme la Banque Mondiale, la Banque africaine de développement (BAD), le Système des Nations Unies (PNUD, FAO, UNOPS,UNCDF, UNICEF, etc.), le Fonds européen de développement (FED, la Banque Islamique de Développement (BID), les Fonds arabes et les Fonds de l’OPEP.

Sur le plan politique, j’ai milité au sein de la JRDA de 1959 à 1960 à Bamako et de 1960 à 1966 en Allemagne. Je suis co-fondateur, avec feu Siradiou Diallo, le 1er Mai 1970, du Regroupement des Guinéens en Europe (RGE) qui est devenu plus tard le Regroupement des Guinéens à l’Extérieur (RGE). C’est en qualité de militant convaincu que j’ai répondu à l’appel du RGE de démissionner de mon emploi en Allemagne, pour venir m’installer à Abidjan (1972-1984), au service du RGE, sans salaire, ni promesse d’emploi. A la mort du Président Sékou Touré, le RGE s’est scindé en trois branches qui sont : le PRP devenu UPR de Siradiou Diallo, l’UFR de Bakary Goyo Zoumanigui et le Parti DYAMA que j’ai dirigé jusqu’à sa fusion avec le RPG-ARC-EN-CIEL le 18 mars 2012.

Pour les jeunes générations qui ne nous connaissent pas, j’ajouterais à ce tableau mes références sportives, pour que nos jeunes puissent comprendre que l’on peut être tout à la fois, premier de sa classe, s’engager dans la politique, tout en pratiquant le sport au niveau national. Ainsi, j’ai été champion de Guinée aux 3 000 m en juin 1957, alors que je venais d’obtenir le Prix d’Honneur du Collège technique de Conakry-Donka. Pour la petite histoire, ce prix m’a été retiré par le conseil de discipline exclusivement constitué de colons français, pour l’attribuer au deuxième de ma classe, parce que j’étais déjà, à 17 ans, rebelle au système colonial. En 1958, 1959 et 1960, j’étais champion et recordman du Mali aux 800 m et aux 1 500 m et participais chaque année aux épreuves du championnat d’Afrique occidentale française (AOF) à Dakar. En 1972 encore, j’étais le capitaine de l’équipe de football des étudiants africains résidents à Munich, ville du « Bayern de Munich ».

Excellence, avant de parler de l’actualité, il n’y a pas longtemps vous étiez ministre de l’Habitat dans le Gouvernement de transition. Quel souvenir gardez-vous de cette étape importante de votre vie ?

El Hadj Mohamed Mansour Kaba : C’est à l’âge de 70 ans que je suis entré pour la première fois dans un gouvernement en République de Guinée. Lorsqu’on obéit à des principes d’intégrité et de patriotisme, on ne se hasarde pas dans n’importe quelle équipe gouvernementale. Dieu merci. Je me suis abstenu d’appartenir aux différentes équipes qui ont mis notre pays à genoux au cours des 24 années de règne sans partage du Général-Président Lansana Conté. Par contre, c’est avec plaisir que j’ai répondu positivement à l’appel de mon ami Jean Marie Doré, lorsque celui-ci a été nommé Premier ministre de la Transition, sous la présidence du Général Sékouba Konaté. Vous savez bien que, selon la déclaration de Ouagadougou, cette équipe gouvernementale avait deux tâches principales à réaliser. D’abord l’organisation de l’élection présidentielle, ensuite la réforme des forces de défense et de sécurité. Nous avons pu mener ce travail à bon port par l’élection réussie du premier Président de la 3e République. La réforme de l’armée nationale a démarré et il appartiendra au Président démocratiquement élu de mener cette tâche à bonne fin.

Pour ma part, je me suis appliqué à organiser un système de travail collégial et transparent au sein du ministère de la Construction, de l’Urbanisme et de l’Habitat. Les directeurs de services et moi-même avons ciblé une dizaine de projets qui nous semblaient prioritaires et en avons suivi l’évolution au cours de réunions hebdomadaires auxquelles participaient tous les directeurs nationaux et leurs adjoints. Avec un contrat gouvernemental à durée déterminée (six mois au total), nous ne pouvions que préparer des projets qui seraient éventuellement réalisés par l’équipe du Président démocratiquement élu. Nous avons, à ce titre, proposé des projets et des contrats dont la réalisation par l’équipe du Prof. Alpha Condé lui assurerait une réélection « haut les mains » en 2015.

Si on vous demande concrètement quelles sont les mesures que vous avez appliquées et dont vous êtes surtout fiers ?

El Hadj Mohamed Mansour Kaba: Il y a d’abord la méthode de travail que j’ai introduite dans la conduite des affaires au sein de ce ministère. Il y a ensuite la formation d’équipes pluridisciplinaires pour chacune des dix commissions de travail qui ont été chargées d’un projet spécifique. Il y a enfin la prise des décisions en consultation de tous les cadres participant aux réunions hebdomadaires. La responsabilisation de ceux-ci permettait de les intéresser un peu plus au travail du ministère et l’obligation de rendre compte tous les quinze jours du travail de leurs services leur permettait d’échapper à la routine et au travail en vase clos. Ce qui leur permettait de manifester un plus grand intérêt pour les prestations de leurs collaborateurs. L'organisation de visites des services du ministère dans les préfectures m’a permis de constater l’état de dégradation avancée des infrastructures et des équipements des services décentralisés du ministère. L’introduction de nouvelles méthodes de travail a permis de secouer l’appareil administratif et de lui insuffler une nouvelle vigueur qu’elle avait perdue depuis très longtemps.

D’une manière plus concrète, je suis fier d’avoir systématisé la réalisation des grands projets d’infrastructures en échange de l’exploitation de sites miniers selon le principe « gagnant-gagnant » des mines contre des infrastructures. Nous avons signé à ce niveau deux conventions minières qui nous auraient permis de réaliser, dans un temps record, des infrastructures que nous ne pourrons que difficilement réaliser grâce à la participation de l’Etat dans l’actionnariat des compagnies minières présentes en Guinée. Mais il s’agit ici d’un choix politique qui relève de l’autorité discrétionnaire du Chef de l’Etat. Je suis aussi particulièrement fier d’avoir, au moins, tenté de résoudre l’énorme problème des 6 500 familles dont les biens immobiliers ont été démolis, souvent sans dédommagement, pour des raisons d’utilité publique, ou même, parfois, de manière arbitraire. Ces cas se présentent à Kaporo-Rails, à Sonfonia-Lac, à Sonfonia-Centre émetteur, à Nongo-Taady, à Kobaya et sur les transversales. Un dernier sujet de fierté est la relance du grand projet d’aménagement du Centre directionnel de Koloma qui est destiné à recevoir toutes les infrastructures des institutions républicaines et de tous les ministères sur un site unique. A ce projet sera liée la réalisation d’échangeurs au niveau des grands carrefours d’Hamdallaye, de Bambeto, de Cosa, d’Enco 5 et de Kipé. J’espère que mon ami le Professeur accordera à ces projets l’importance qu’ils méritent.

Vous le dites si bien, vous êtes des amis, et l’actualité est la fusion entre le RPG et beaucoup d’autres partis politiques, qui étaient alliés au RPG. Vous qui êtes le Président du Parti Dyama, un parti précurseur, un des premiers partis sur la scène nationale guinéenne, est-ce que vous pensez que la fusion avec le RPG est une bonne idée ?

El Hadj Mohamed Mansour Kaba : Le Parti DYAMA comptait effectivement parmi les partis politiques les plus anciens du pays. Il a été agréé en 1992 par le ministère de l’Intérieur. Nous avons participé à l’élection présidentielle de 1993, la première élection présidentielle de l’ère du multipartisme intégral. Nous avons également participé aux élections législatives de 1995. Ce sont les tricheries dont nous avons été victimes en 1993 et en 1995, qui nous ont amenés à la décision de ne plus jamais participer à des élections, tant que le Général-Président serait au pouvoir. C’est pour cela que nous avons boycotté les élections présidentielles de 1998 et de 2003. Dès que le Prof. Alpha Condé a été emprisonné en décembre 1998, à l’occasion de sa participation à l’élection présidentielle de cette année-là, nous avons organisé une conférence de presse au siège du Parti DYAMA en janvier 1999 à Nongo, pour réclamer la libération du Président du RPG et proposer sa nomination comme Premier ministre d’un gouvernement d’union nationale de transition à créer. Du coup, la vive concurrence qui existait entre le RPG et le Parti DYAMA a pris fin. Un premier accord d’alliance entre le RPG et le Parti DYAMA fut signé en l’an 2000 à Paris. Un document similaire a été soumis à l’avis du Prof. Alpha Condé. De sa prison, il en a approuvé la signature. Ce document fut signé par les Représentants des deux partis frères à Conakry et publié dans la presse locale. A partir de ce moment, nous avons lancé le mot d’ordre « Alpha, c’est Mansour ! Et Mansour, c’est Alpha ! ». Cette double identification avec un prisonnier politique me couta neuf autres années d’exil, puisqu’en mai 2000, j’ai dû quitter la Guinée pour n’y revenir qu’en avril 2009, après la mort du Général Lansana Conté.

Cela signifie que le Parti DYAMA n’a pas attendu l’Alliance Arc-en-ciel en 2010 pour s’allier au RPG. Il fallait du courage politique et des convictions, pour soutenir un prisonnier politique, comme nous l’avons fait dès l’annonce de l’arrestation du Professeur en 1998. En 2010, nous avons soutenu le candidat du RPG au premier tour, comme au deuxième tour de l’élection présidentielle de cette année. Qu’une aussi vieille alliance se termine par une fusion, n’est que chose naturelle. Le plus important est que cela se fasse en total accord avec les militants à la base dans les quatre régions naturelles du pays et dans la zone spéciale de Conakry. J’ai dû entreprendre pour cela, du 26 janvier au 1er mars 2012, une tournée de 5 000 km à travers le pays, pour m’assurer du soutien des militantes et des militants à la base. Ce qui est le cas.

Bien sûr, on vous connait grand économiste, technocrate ; est ce que, aujourd'hui depuis l’avènement du Pr Alpha Condé, vous êtes d'accord avec tout ce qui a été mis en œuvre politiquement, économiquement, socialement ? Auriez-vous fait la même chose ou y'a t-il autre méthode selon vous?

El Hadj Mohamed Mansour Kaba : Bien sûr que je suis entièrement d’accord avec les principales décisions politiques, économiques et sociales du Président Alpha Condé. Sans entrer dans le détail de ces décisions, je vous dirais tout simplement que celui qui n’a eu peur ni des dirigeants du PDG, ni des sbires du régime militaire du Général Lansana Conté, n’éprouve aucune gêne à s’afficher avec et à soutenir le Prof. Alpha Condé. Il est évident que deux hommes politiques de la même tendance et du même parti politique exerceront le pouvoir avec des styles et des méthodes de travail différents. A la place du Professeur, je n’aurais par exemple pas engagé autant d’anciens collaborateurs du régime militaire qui s’est illustré dans le démontage de l’Etat guinéen et le règne de l’impunité, tant pour les crimes économiques que pour les crimes de sang. Mais le Professeur est libre du choix de ses collaborateurs. A sa place, j’aurais également engagé une guerre sans merci contre l’impunité en transférant les rapports d’audits existants aux tribunaux de la République. De nombreux « leaders » politiques sont aujourd’hui à la recherche d’un mandat électif, pour s’assurer une immunité qui les mettrait à l’abri des poursuites judiciaires. Pour moi, un fonctionnaire qui devient milliardaire est un voleur ! Sa place n’est pas le palais présidentiel, mais plutôt la prison civile.

Nous n’avons aucune raison de rougir des résultats obtenus en si peu de temps. Il faut être aveugle pour ne rien voir de nouveau depuis le 21 décembre 2010 en République de Guinée : le gouvernement a renoué les meilleures relations avec les institutions de Bretton Woods, le FMI et la Banque Mondiale ; près de 150 millions de dollars USA de dette bilatérale des Etats Unis d’Amérique sont annulés (Club de Paris) ; l’autosuffisance alimentaire n’est plus un mot d’ordre creux, mais une démarche concrète accompagnée de tracteurs, d’engrais, de pesticides et des centres de machinisme agricole ; l’unicité des caisses de l’Etat a fermé la porte aux multiples détournements des deniers publics ; le port autonome de Conakry fait peau neuve grâce à des investissements privés étrangers ; l’échangeur du 8 novembre étend ses tentacules à l’entrée de la Presqu’Ile du Kaloum ; de nombreux et grands chantiers du secteur hôtelier s’ouvrent partout à Conakry et dans sa proche banlieue ; le chantier du barrage de Kaleta a démarré et fournira à terme suffisamment de courant électrique pour les besoins des populations et des industries ; des préfectures qui n’avaient jamais connu les réseaux urbains d’éclairage public sont alimentées avec de l’énergie solaire ; l’investissement direct étranger (IDE) se revigore dans le secteur minier avec le Projet du Transguinéen et celui du port en eau profonde de l’Ile de Matakan ; la création d’une autorité de gestion du patrimoine minier de l’Etat guinéen est plus que salutaire, et, last not least, la suppression de l’impôt per capita qui étranglait chaque année les pauvres paysans sur toute l’étendue du territoire national est, à n’en pas douter, la preuve d’un engagement patriotique du Président de la République. Tout cela rend fous ceux qui, en 24 ans de règne sans partage, se sont illustrés par des échecs résultant de leur cupidité et de leur absence d’intérêt pour la satisfaction des besoins essentiels du Peuple de Guinée. Lorsque l’opposition qui se dit « radicale » crie aujourd’hui au manque d’eau et d’électricité, de qui se moque-t-elle ? Ce sont justement les leaders de ces partis politiques ou, du moins, bon nombre d’entre eux, qui ont géré ce pays en s’enrichissant de manière scandaleuse sur le dos du Peuple de Guinée. La réussite du Professeur là où eux, ils ont échoué, sonnera leur fin politique !

Pendant qu’on prône la réconciliation nationale, vous pensez que c’est une idée qui peut justement favoriser la réconciliation, surtout qu’on en parle tant ?

El Hadj Mohamed Mansour Kaba : Je crois très sincèrement aux bonnes idées lorsqu’elles sont formulées par des gens de bonne foi. Mais lorsque je constate que ceux et celles qui prônent ces bons principes veulent tout simplement endormir les autres, pour pouvoir leur planter un couteau dans le dos, alors, je ne marche pas. Sur le plan social, il suffit d’écouter les avis et communiqués des mariages, des décès et des baptêmes sur la RTI et les nombreuses radios privées, pour constater combien les familles guinéennes transcendent les clivages ethniques, religieux et régionaux. Mais dès que l’on considère le terrain politique, c’est-à-dire celui de la recherche du pouvoir, l’on voit apparaître tous les fantasmes de l’ethnocentrisme et du régionalisme. Dans ce contexte, je ne crois pas du tout au discours hypocrite sur la réconciliation nationale. En voici les raisons :

Au cours de la campagne présidentielle de 1993, j’ai appris qu’un militant de l’UNR avait dit au cours d’un meeting à Mamou que cette fois-ci, c’était le tour des Peuhl d’occuper le fauteuil présidentiel. J’ai alors profité d’un passage à la télévision pour poser une question aux candidats de savoir si nous devrions, en Guinée, pratiquer une démocratie de « tour de rôle » des ethnies, ou une démocratie classique, selon le principe universel « un homme, une voix » ? C’est à cette question que le Doyen Mamadou Ba a répondu à partir de Faranah, en confirmant l’idée du « T our des Peuhl ». Depuis ce discours de Faranah, le Doyen et ses héritiers de l’UFDG se battent en faisant croire à leurs militants que cette fois, c’est leur tour. Parler dans ce contexte de « réconciliation nationale », n’a aucun sens, dans la mesure où tant qu’un Peuhl n’occupera pas le fauteuil présidentiel, ces compatriotes-là ne seront pas satisfaits et ils continueront à s’opposer à quelque autre guinéen que ce soit qui occupera le fauteuil convoité. La démocratie que la République de Guinée a décidé de pratiquer est exigeante. Le président de la République sera celui des candidats qui, sans distinctions, ni discrimination, ni exclusivité aucune, obtiendra la majorité simple des voix valablement exprimées, à l’occasion d’élections présidentielles libres, transparentes et équitables. Dans ce cas précis, quiconque ne comptera que sur les voix de sa communauté pour s’asseoir dans le fauteuil présidentiel en Guinée ne fera que perdre son temps et son argent. La configuration sociologique et démographique du pays ne permettra jamais la victoire d’un tel candidat à la magistrature suprême en République de Guinée.

En attendant, nous assistons partout à une campagne de victimisation d’une seule communauté, celle des Peuhl en Guinée. Les exemples confirmant cet état de fait pullulent en Guinée, en France, en Allemagne et aux Etats Unis d’Amérique :

Je ne vais pas m’attarder ici sur les articles incendiaires dignes de « radio mille collines » de Kigali, qui sont publiés sur le Net. Mais très bientôt, la communauté internationale comprendra que ceux et celles qui crient le plus fort à la violation des droits humains contre leur communauté, se taisent, donc soutiennent et, souvent, profitent de la pire des crimes contre l’humanité, à savoir, l’esclavage qui est pratiqué chez eux au Foutah Djallon, au détriment des Djallonka, des Maninka et des Poullis.

A mon humble avis, le vrai débat national devrait tourner autour de ces deux thèmes essentiels pour notre pays : la lutte contre l’impunité et la corruption, d’une part, et la fin de l’esclavage au Foutah Djallon, d’autre part. Toutes les incantations sur la CENI et son président ne sont que des faux-fuyants.

La dernière fois, la CENI a donné une date et elle devrait prendre les gardes fous. Mais elle a donné une date qui n’a pu être respectée. Cela ne décrédibilise t-il pas la CENI ?

El Hadj Mohamed Mansour Kaba : La CENI est une institution républicaine indépendante. Nous nous sommes tous battus au sein des Forces Vives pour garantir cette indépendance. Louncény Camara est le président élu par les membres de la CENI, conformément aux textes de loi. Le Code électoral a été conçu par le Conseil national de la Transition (CNT) et promulgué par le Président intérimaire de la Transition. Ici encore, c’est le constat de l’ « arroseur arrosé ». Les concepteurs du Code électoral ont donné un pouvoir exorbitant au président de la CENI en croyant que ce serait un proche de l’UFDG qui allait présider cette institution. Par manque de chance, c’est Louncény Camara qui a été confirmé à la tête de la CENI par ses pairs. Du coup, il devient un pestiféré dont personne ne veut entendre parler. Mais ce n’est pas parce qu’un groupe de partis politiques ne veut pas de la CENI et de son président que cela devrait être le cas pour tout le peuple de Guinée ! M. Boiré, je vous demande quelle est la personne providentielle descendue du ciel, sans appartenance ethnique, ni régionale, ni politique, qui peut diriger la CENI à la satisfaction de tous les partis politiques et de toutes les communautés ? Nous n’allons pas continuer à nous ridiculiser, en faisant tout le temps appel à des étrangers pour diriger nos institutions républicaines ! Pourquoi, par ailleurs, cette exigence du consensus pour toutes les questions et tous les problèmes ? Au point de la mettre au-dessus de la Loi ? L’opposition radicale confond deux phases successives de la transition. La phase avec un Président intérimaire où le consensus était de mise, et la dernière phase, avec un Président démocratiquement élu. Dans ce deuxième cas de figure, c’est le Président de la République, Chef de l’Etat, qui intervient en faisant appliquer la Loi, là où le consensus n’est pas possible. Les marches ne peuvent rien changer à ce principe ! Nous ne sommes pas non plus en système de cogestion de la République ! Pourquoi avons-nous élu un Président de la République ?

L’opposition pense que Lounceny Camara, est un pro mouvance présidentielle ; c’est le problème ; qu’en dites-vous ?

El Hadj Mohamed Mansour Kaba : Pourquoi cette opposition s’est-elle opposée à la proposition du Président de la République de restructurer la CENI début 2011, en disant qu’ « on ne peut pas changer un arbitre en cours de match ? ». Eh bien le match ne fait que commencer ! Il n’y a aujourd’hui aucune raison de remplacer l’arbitre.

M. Mansour Kaba, à vous entendre parler, en fait, on est dans une situation de blocage ; il n y a pas un moyen d’en sortir ; l’opposition ne veut pas aller aux élections avec Lounceny à la tête de la CENI ; apparemment, votre mouvement le RPG arc en ciel, ne veut pas changer Lounceny à la CENI. Quelle solution ?

El Hadj Mohamed Mansour Kaba: J’ai l’impression que l’opposition radicale fait du président de la CENI un extraterrestre qui va endormir les 24 autres membres de la CENI pour leur imposer son point de vue. Pour moi, la solution réside dans la mise en place d’un organe indépendant de contrôle du travail de la CENI, en plus de la modification de l’Article 162 du Code électoral sur le rôle du président de cette institution. Cette solution se trouve justement dans l’article 2, titre 1 du Code électoral.

El Hadj Mohamed Mansour Kaba le problème est que, l’opposition dit que le ministre de l’administration du territoire et de la décentralisation, veut s’arroger les pouvoirs de la CENI, justement les pouvoirs auxquels vous faites allusion ?

El Hadj Mohamed Mansour Kaba : Vous savez, lorsque le Premier Ministre Jean Marie Doré a voulu préciser les conditions de collaboration du MATD avec la CENI (article 2, Titre 1 du Code électoral), on cria sur tous les toits qu’il voulait modifier la Constitution en faveur du gouvernement. Je crois qu’il serait utile de citer cet article 2 du Code électoral : « La Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) est l’Institution chargée de l’organisation de toutes les élections politiques et du référendum en République de Guinée. Elle est techniquement aidée par les départements ministériels concernés par le processus électoral notamment le ministère en charge de l’Administration du territoire. Les Cours et Tribunaux veillent à la régularité des élections, règlent le contentieux électoral, et prescrivent toutes les mesures qu’ils jugent utiles au bon déroulement des élections ».

Je recommande vivement aux opposants radicaux la lecture de cet article, afin qu’ils puissent comprendre que la CENI n’est pas réduite à son président, qu’il s’appelle Camara, Diallo, Togba ou Millimono. Et que les cours et tribunaux de la République sont les recours constitutionnels en cas de litiges électoraux. Je constate finalement que l’opposition radicale ne fait confiance ni à nos institutions républicaines, y compris les cours et tribunaux, ni à la CENI, ni même aux institutions internationales qui aident la Guinée dans le financement des élections législatives. Que veut-elle en fin de compte ?

Le problème aujourd’hui, c’est que l’opposition a souvent eu des rencontres avec le Président. Cellou Dalein a rencontré récemment le Pr Alpha Condé, c’était vraiment un espoir pour la population. Comment se fait-il que, quelques semaines après, l’opposition se retrouve dans la rue ? Pourquoi ce dialogue n’arrive pas à porter fruit ?

El Hadj Mohamed Mansour Kaba : Vous voulez dire qu’en fait, il s’agit d’un dialogue de sourds ! Le problème est simple. Moi, je dis que l’opposition dite radicale demande l’impossible. Et à l’impossible, nul n’est tenu.

Pourquoi alors l’intérêt des rencontres ?

El Hadj Mohamed Mansour Kaba : Je le répète. Lorsqu’on traite des problèmes avec des gens de bonne foi, l’on arrive toujours à les résoudre tant bien que mal. Mais avec une opposition qui dit non lorsque le Président de la République dit oui et qui veut dire oui lorsque celui-ci dit non, nous n’arriverons jamais à résoudre les questions qui sont posées aux partis politiques. L’opposition systématique en ignorant les textes de loi n’a aucun sens. La Guinée veut être un pays de droit. Il est grand temps pour tout le monde de vérifier cet état de fait. On ne peut pas exiger du Chef de l’Etat qu’il règle personnellement tous les problèmes à la place des institutions qui sont créées pour cela. Testons d’abord ces institutions, au lieu de les ignorer. C’est cela aussi l’apprentissage de la démocratie au niveau national !

Ils ont décidé de prendre la rue jusqu’à la satisfaction de leurs revendications !

El Hadj Mohamed Mansour Kaba : Ils peuvent marcher. Vous savez, les manifestations, c’est un droit constitutionnel. Mais en pratiquant ce droit, on doit tenir compte du fait que "Ta liberté s’arrête là où commence celle des autres". Mais passez aujourd’hui sur la route le Prince, entre les carrefours de Bambeto et d’Hamdallaye. Après la marche de l’opposition radicale du jeudi, ma voiture a été caillassée de part et d’autre de cette voie par des jeunes loubards le vendredi et le samedi qui ont suivi cette manifestation. Cela n’a plus rien à voir avec une « marche pacifique ». Il y a pire que cela. Un neveu a été agressé dans le même quartier tout simplement parce qu’il avait répondu à la question qui lui avait été posée par des loubards d’ethnie Peuhl qu’il était Malinké. Son client qui était venu du Sénégal, sentant le danger, a tout de suite dit qu’il n’était pas Malinké, mais qu’il était Sénégalais. Ce qui ne l’a pas empêché de recevoir un coup de couteau au niveau de l’épaule. Ces marches sont très loin d’être pacifiques. L’objectif visé est de provoquer les paisibles citoyens qui ne sont pas concernés par les mouvements de rue, afin que les forces de l’ordre commettent des bavures, et, pourquoi pas, des crimes du genre du 28 septembre 2009. Cela leur permettrait de qualifier le régime du Prof. Alpha Condé de « dictature sanguinaire ». Je dis « oui » aux droits constitutionnels de manifester pacifiquement autant de fois que l’on veut. Mais résolument « non » à la violence et à la provocation ! Il suffit aussi d’analyser certains mots d’ordre de l’opposition radicale, pour constater que toutes ces manœuvres ont pour but final la paralysie de l’appareil productif, afin de confirmer le mot d’ordre maladroit de « Alpha Zéro ».

Avez-vous un dernier mot, des souhaits ?

El Hadj Mohamed Mansour Kaba: Le Peuple de Guinée a aujourd’hui besoin de paix et de stabilité dans la démocratie et le respect des droits humains. Mais de tous les droits humains pour toutes les guinéennes et tous les guinéens, sans exception aucune. Je voudrais, à ce titre, citer les articles 5 et 8, Titre II de la Constitution de la République de Guinée : Article 5 : « La personne humaine et sa dignité sont sacrées. L’Etat a le devoir de les protéger. Les droits et les libertés énumérées ci-après sont inviolables, inaliénables et imprescriptibles. Ils fondent toute société humaine et garantissent la paix et la justice dans le monde » Article 8 : « Tous les êtres humains sont égaux devant la loi. Les hommes et les femmes ont les mêmes droits. Nul ne doit être privilégié ou désavantagé en raison de son sexe, de sa naissance, de sa race, de son ethnie, de sa langue, de ses croyances et de ses opinions politiques, philosophiques ou religieuses ». Je suis étonné, pour ne pas dire plus, de constater qu’après plus d’un demi-siècle d’indépendance, la pratique de l’esclavage domestique et ses séquelles persistent aujourd’hui encore au Foutah Djallon (Moyenne Guinée ou Guinée du Nord-Ouest). Ce n’est pas une simple vue de l’esprit. Il s’agit d’un véritable crime contre l’humanité que, paradoxalement, les mouvements de défense des droits humains en Guinée ignorent superbement. Tout a été dit et écrit sur le Camp Boiro, le Camp de Koundara, les 32 escaliers du Camp Alpha Yaya Diallo, les autres Camps de Kindia, de Kankan, les crimes du Pont du 8 Novembre et ceux du stade du 28 septembre en 2009. Mais tout ce monde et tous ces activistes jettent un voile pudique et hypocrite sur cette réalité hideuse et discriminatoire qu’est l’esclavage auquel sont soumis les Djallonka, les Maninka et les Poullis, les vaincus de la Bataille de Talansan en 1730 au Foutah Djallon (Guerre sainte pour l’islamisation du Foutah Djallon, mais aussi de conquête territoriale). Un véritable débat national devra être engagé sur ce thème, afin de confondre les féodaux qui chercheront à nier ou à défendre cette négation des droits humains les plus élémentaires. Pour ma part, la ligne de démarcation entre la mouvance présidentielle et l’opposition radicale devra désormais se situer autour du soutien ou non à la lutte contre l’impunité et la corruption, donc la reprise des audits, d’une part, et la fin ou non de l’esclavage au Foutah Djallon, d’autre part. Toutes les gesticulations autour de la CENI et de son président ne sont que des manœuvres dilatoires pour empêcher le Président de la République d’appliquer le programme pour lequel il a été élu.

Conakry, le 27 Mai 2012

El Hadj Mohamed Mansour KABA

Email : mansourkaba@yahoo.fr

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