COMMUNIQUÉ DE PRESSE SUR LE PROJET DE RÉFÉRENDUM EN GUINÉE

Dans son discours de clôture de la campagne présidentielle de décembre 1993, le candidat du Parti DYAMA avait dit que si, à l’époque déjà, une alternance démocratique n’intervenait pas à l’issue de ces élections, la République de Guinée allait « pourrir ». Un premier mandat de cinq ans a alors suivi une période de pouvoirs spéciaux du CMRN/CTRN de neuf années et neuf mois sous la présidence du Général Lansana CONTÉ.

En décembre 2003, le deuxième mandat de cinq ans de l’actuel Président de la République prendra fin, ce qui constituera pour celui-ci au total près d’une vingtaine d’années de pouvoir absolu. Selon la Loi fondamentale que le CMRN/CTRN a soumise au suffrage du Peuple de Guinée par référendum en 1991, le mandat présidentiel s’exerce au maximum deux fois pour une durée de cinq ans par mandat. Il serait alors sage pour le Président de la République et salutaire pour notre pays que les dispositions constitutionnelles actuelles soient respectées par celui-là même qui les a proposées sans aucune contrainte au suffrage de ses compatriotes. Le respect de la parole d’honneur des officiers qui composaient le CMRN le recommande et un minimum de souci pour l’avenir de la Guinée, de ses populations et de la paix civile l’exige. Au lieu de cela que constatons-nous?

Une campagne est déjà lancée en faveur d’un référendum ayant pour objectif la modification des clauses de la Loi fondamentale relatives à la durée du mandat présidentiel, à sa limitation à deux mandats et, par voie de conséquence, à la limite d’âge pour les candidatures à la magistrature suprême du pays. Ceux qui réclament un 3e mandat et plus veulent tout simplement imposer à la Guinée un « Président à vie » afin que celui-ci leur garantisse une « impunité à vie ». Sinon tout le monde sait que ce régime ne peut plus rien réaliser en Guinée. Il est à bout de souffle et la République de Guinée est gravement menacée de cessation de paiement. Aucun investisseur national ou étranger sérieux ne placera un seul franc en Guinée tant que durera ce régime. Tous les investissements d’envergure qui sont envisagés dans notre pays le sont dans la seule perspective d’une alternance démocratique à la fin de ce deuxième mandat du Président Lansana CONTÉ. Si celui-ci persiste à organiser un référendum dont les résultats sont connus d’avance, il devra se préparer à assumer l’entière responsabilité des conséquences de cet acte.

Conscient des dangers que cette nouvelle situation fait courir à la Guinée, le Parti DYAMA lance un vibrant appel à tous les partis politiques, à tous les syndicats, aux Institutions religieuses, à la société civile et à tous les patriotes guinéens pour unir nos forces et engager une lutte sans merci contre cette dérive dictatoriale. La communauté internationale ne soutiendra vigoureusement notre cause que si nous lui prouvons notre détermination à obliger les tenants du pouvoir à respecter la Loi fondamentale par tous les moyens démocratiques possibles. Levons-nous comme un seul homme et crions fort : « VINGT ANS, ÇA SUFFIT ! À LA FIN DU 2E MANDAT : CARTON ROUGE. PAS UN JOUR DE POUVOIR DE PLUS POUR LES AFFAMEURS DU PEUPLE ».

LE PRÉSIDENT DU PARTI DYAMA

El Hadj Mohamed Mansour KABA

NOTE À TOUTES LES SECTIONS ET SOUS-SECTIONS DU PARTI DYAMA

OBJET : La nouvelle situation politique en République de Guinée.

Très chers Frères et Sœurs,

Au nom du Bureau exécutif national (BEN), je vous écris cette note pour vous expliquer la position du Parti DYAMA par rapport à la nouvelle situation politique qui prévaut actuellement dans notre pays.

Vous savez qu’à partir de la ville de Kankan, une campagne a été lancée pour permettre à l’actuel Président de la République de briguer un troisième mandat. Le Secrétaire général du PUP a, de son côté, expliqué que son parti disposerait de deux moyens pour modifier la Loi fondamentale dans le sens d’une prolongation du mandat présidentiel de cinq à sept ans, de la suppression de la limitation à deux mandats et de la limite d’âge qui est de 70 ans pour les candidatures à la présidence da la République. Ces deux moyens seraient soit le vote à l’Assemblée nationale, soit un référendum. Mais comme le PUP ne dispose pas à l’Assemblée nationale de la majorités des 2/3 indispensable pour toute modification de la Loi fondamentale, il veut organiser un référendum qui permettra au gouvernement de modifier la constitution de la Guinée à sa guise. La direction de notre parti ne partage pas du tout ce point de vue pour les raisons suivantes, sans que cette énumération ne soit limitative :

1. La gestion d’un État ne peut pas se faire selon l’humeur du jour des détenteurs

momentanés du pouvoir. Le Général Lansana CONTÉ devrait être le premier à

respecter la Loi fondamentale qu’il a fait adopter par référendum en 1991.

2. L’argument qui consiste à dire que le Président de la République a besoin d’un

mandat supplémentaire pour réaliser ou terminer le programme qu’il s’est tracé

n’est qu’un simple prétexte pour l’imposer à la Guinée comme « Président à vie »

afin que celui-ci les aide à sauvegarder leurs privilèges égoïstes à vie.

3. En s’interdisant de réprimer vigoureusement la corruption qui gangrène la haute

administration et les détournements des deniers publics par milliards de francs

guinéens, ce régime ne pourra plus rien réaliser dans notre pays dans la mesure

où les caisses de l’État sont vides. Une preuve indéniable : la plupart des projets

financés sur le BND - Budget national de (sous-) développement - sont arrêtés par

manque d’argent. Le gouvernement se montre en outre incapable de payer la dette

que l’État doit régler aux opérateurs économiques nationaux qui sont obligés de

fermer boutique et de licencier leurs employés. Une explication de plus pour la

pauvreté et la grande misère qui règnent chez nous dans les villes et les campagnes.

4. Un troisième mandat pour l’actuel occupant du Palais présidentiel de Conakry

signifiera l’« enterrement » économique de notre pays. La plupart des investisseurs

nationaux et étrangers attendent la fin de son deuxième mandat en 2003 pour venir

investir en Guinée. Il suffit de voir le bilan catastrophique de 17 années de règne

entre 1984 et 2001 pour ne plus rien attendre d’un troisième mandat. Ce qui n’aura

pas été réalisé en presque 20 ans de pouvoir absolu à la fin de ce deuxième mandat

ne pourra plus l’être. Il faut enfin donner une chance de développement à notre pays

et à ses populations à travers une alternance démocratique.

Pour ce faire, le BEN vous demande de donner la main à tous les autres partis-frères et à la société civile organisés au sein du « Mouvement contre le Référendum et pour l’Alternance démocratique » (MRAD) afin de constituer un vaste front du refus de la dictature qui menace les fragiles fondations de la démocratie en Guinée.

Salutations fraternelles.

Pour le Bureau Exécutif National

Le Président

El Hadj Mohamed Mansour KABA